Congo Story

De la Révolte à l’indépendance : #1 Quand le Congo est devenu belge.

Les travailleurs mouraient principalement de pneumonie, grippe, d'épuisement ou encore d'éboulements. Le nombre de morts était de plus en plus nombreux et cela causa une grande crise.

L’Histoire entre le Congo (RDC) et la Belgique reste jusqu’à ce jour un sujet sensible qui peine à se décanter, comme ailleurs, le colonisateur a du mal à reconnaître ses crimes. Il est dans le déni au point de voir dans la colonisation quelque chose de positif. C’est pourquoi, nous avons décidé de vous la conter. Le mois d’indépendance de la République démocratique du Congo (RDC) semble le meilleur moment pour vous raconter l’histoire d’une colonie pas comme les autres. Une colonie par obligation appartenant à un seul homme qui a dû céder cette chère terre à son pays. Cet homme Léopold II de Belgique, fut l’un des plus grands tyrans que la RDC est connue.

De l’Etat indépendant du Congo au Congo Belge

Image1: Extrait des travaux du Congo reform Association contre Léopold II . Image 2 ; Photos de congolais mutilés publiés par le Congo Reform Association. Image 3 : Edmund Dene Morel

Entre 1885 et 1908, la RDC alors nommée « L’Etat Indépendant du Congo »(EIC) était la propriété privée de Léopold II de Belgique, roi des Belges. Un homme qui a tout fait pour avoir des colonies et ne pouvait se résoudre de mourir sans en posséder une. Pour acquérir cette dernière, il invoqua la libération des mains des Arabes présents dans la zone alors qu’il s’agissait juste de l’assouvissement d’une quête de richesse et de grandeur. Il mit en place le travail forcé à outrance pour exploiter la moindre richesse du territoire congolais. Il fut sans pitié envers les congolais soumis à cette exploitation forcée : mutilations et tortures rimèrent leur quotidien.

Dans les années 1900, la contestation se faisait de plus en plus forte sur le continent. Une campagne internationale menée par Edmund Dene Morel (écrivain et homme politique britannique) et la Congo Reform Association ( association « défenseur » des droits des travailleurs indigènes de l’EIC fondé en 1904) a montré au monde entier l’atrocité des traitements des congolais causé par la politique de Léopold II de Belgique. Cette campagne anima les débats des cercles bruxellois « huppés ». Par la suite, Léopold II se retrouva contraint de céder l’EIC à Belgique, suite à la publication de photos exposant les exactions commis à l’EIC. Il transféra son autorité à la Chambre des députés en 1908. L’EIC devint donc le Congo Belge.

La même année, la charte coloniale est ratifié , notamment, l’Article 2 autour de la question du travail forcé qui est tout simplement interdit. A la mort de Léopold II , c’est Albert Ier qui lui succède en tant que roi des Belges. La Belgique s’attela donc à s’éloigner le plus possible du Congo de Léopold II tout en gardant son organisation administratif. Le ministère des colonies fut mis en place pour gérer le Congo Belge, il fut confié à Jules Renkin.

L’organisation d’une colonie

L ‘administration

Au sein du territoire congolais, il y avait trois puissances majeures : l’administration coloniale, les missionnaires catholiques pour l’éducation et les grandes entreprises venues exploitées les richesses du Congo. Le pouvoir administratif se concentrait à Boma ( capitale du Congo belge jusqu’en 1929 où Léopoldville lui succède) dans la province du Bas-Congo devenue Kongo-Central en 2015. Un gouverneur général secondé de deux vice-gouverneurs ( Katanga, province Orientale)gérait la colonie. La Force publique était assurée par la police coloniale et l’armée territoriale. Bien évidemment, le parlement belge avait tout pouvoir sur la colonie

L’Urbanisation coloniale

La construction du visage urbain de la colonie est divisée en deux : les villes européennes et les cités indigènes. Elles sont séparées par un cordon sanitaire de 500 mètres environs, du moins sur le papier. Dans les grandes villes comme Elisabethville (Lubumbashi) les noirs sont refoulés dans les banlieues. C’est donc bien une construction ségrégationniste qui est adopté avec centre-ville blanc. Ce schéma a été imaginé par René Schoentjes dans Schéma pour une ville congolaise en 1933.

Schéma pour une ville congolaise de l’architecte René Schoentjes, 1933

En effet, dans les années 1920 et les années 1930, les quartiers noirs sont rasés et les populations sont renvoyés dans les zones reculées des villes au profit d’un centre urbain blanc. La ville d’Elisabethville est l’exemple parfait de cette volonté coloniale d’affirmer sa domination par l’espace urbain. Dans cette dernière, les noirs sont envoyés dans la commune de Kamalondo. Un couvre-feu pour les populations noires est imposé entre 21h et 4h du matin. Par conséquent, les travailleurs noirs devaient une fois le journée de travail à rallonge terminée, rentrer immédiatement chez eux. Des hommes et de femmes qui constituaient la main-d’œuvre de l’administration coloniale , du domestique (Boy) au mineur en passant par l’artisan.

La construction de ces villes se faisait par le concours d’entreprises coloniales comme l’UMAHK ( Union Minière du Haut Katanga). Elles deviennent la priorité de l’administration coloniale après la Seconde guerre mondiale dans un soucis de redoré le blason du pouvoir mis à mal durant la guerre. C’est donc l’Office des Cités africaines qui a pris le relai (OCA).

Exploitation ? Non, travail à pas forcé !

Congolais exploités dans les plantations d’hévéas. Images 2 & 3 : Mines du Katanga .

Pour faire oublier l’atrocité du travail forcé sous l’ère léopoldienne, la culture du caoutchouc est remplacée par la culture du coton, de l’huile de palme et la culture des hévéas, composite du caoutchouc. Cette arrêt du travail forcé n’était que de surface puisque de nombreux congolais sont contraint de travailler dans les plantations et mines pour une bouchée de pain ( 10 à 15 francs par mois).. Des travailleurs venus de colonies voisines(Angola & Rhodésie du nord) complétaient la main d’œuvre déjà sur place. Les travailleurs mouraient principalement de pneumonie, grippe, d’épuisement ou encore d’éboulements. Le nombre de morts était de plus en plus nombreux et cela causa une grande crise.

Cette crise poussa l’administration coloniale à imposer des restriction de recrutement et en 1933, décret limitant travail forcé dans les plantations à 60 jours est publié. Le Krach boursier de 1929 ( le fameux jeudi noir de Wall Street) est aussi l’une des raison de la publication de ce décret. Il eut également pour conséquence la baisse des exportation qui influèrent sur la diminution progressif du besoin de main d’œuvre dans les mines et les plantations.

Deux Guerres mondiales, victoires amers

Les deux guerres mondiales ont été des coups durs pour la Belgique. Même si elle a toujours fini par être du côté des vainqueurs, elle a aussi toujours subi l’occupation allemande sur son sol.

Congo : le dernier bastion belge

Dès la première année de la Première guerre mondiale, la Belgique est occupée par les forces allemandes, le gouvernement réduit se repli en France d’où elle tente de maintenir le contrôle sur le Congo Belge. Le ministère des colonies est tout simplement fermé ainsi que celui des Affaires étrangères et celui de l’Intérieur par les allemands.

Image 1 : La Force Publique congolaise . Images 2 & 3 : Congolais durant la Première Guerre Mondiale.

Au sein de la colonie, le gouverneur général Félix Fuchs tente d’appliquer les directives du gouvernement replié. Le 30 Juillet 1914 , un télégramme est envoyé à Fuchs de la part de Renkin :  » Prenez toutes les mesures nécessaires pour sauvegarder la neutralité de la Belgique, assurez la surveillance de l’embouchure du Congo« . Le 6 Août, le feu vert est donné aux forces navales pour qu’elles prêtent mains fortes aux forces britanniques et françaises. Le 15 Août de la même année, le Congo Belge entame une campagne militaire contre les forces allemandes au Ruanda-Urundi. Les campagnes militaires se poursuivit comme celle de Rhodésie du Nord au côté des forces britanniques ou encore celle au Cameroun au côté des forces françaises.

Cette guerre fut complexe pour la colonie belge qui perdit énormément que ce soit en terme d’hommes que de matériels de guerre. Le Congo belge a payé un lourd tribu durant cette guerre.

Une lourde perte que l’historiographie belge n’a pas pensé juste de retranscrit complètement. Par conséquent, les informations disponibles sur le sujet sont disparates que ce soit en Europe ou en RDC. La Fin de cette guerre sonne la défaite allemande et l’acquisition de la Belgique du Ruanda-Urundi ( Rwanda et Burundi) qui est sous mandat belge jusqu’en 1962.

Un Bis Repetita

La Seconde Guerre Mondiale sonne pour la Belgique comme un bis repetita, elle est occupée dès 1940. Leopold III, roi des Belges fut fait prisonnier, il perdit donc tout pouvoir sur la Belgique et le Congo.

Congolais durant la Seconde Guerre Mondiale

Pendant ce temps-là, au Congo belge, Pierre Ryckmans, alors gouverneur général, décide avec les officiers d’Afrique de continuer la lutte mais cela n’est pas possible sans une coordination avec le pouvoir britannique. C’est pourquoi, Albert de Vleeschauwer ( ministre des colonies) se rend à Londres pour s’entretenir avec Winston Churchill. Il en profite pour entrer en contact avec ce qui restait du gouvernement belge qui s’est encore une fois réfugié en France. Ce gouvernement se limitait à deux personnes : le Premier ministre, Hubert Pierlot et le ministre des Affaires étrangères, Paul-Henri Spaak. Ils avaient la main mise sur le Congo Belge.

La colonie dû encore une fois s’atteler dans un effort de guerre qui décima sa population. L’une des campagnes fut celle en Abyssinie contre l’Italie. L’effort de guerre se sentit également dans le travail forcé dans les plantations d’hévéas nécessaire pour fournir le caoutchouc aux Alliés. Cette guerre fut l’expression extrême de la manipulation belge sur la population congolaise. Une population qui a légitimé la campagne d’Abyssinie comme un acte de défense. Une légitimité difficilement applicable aux campagnes menées en Egypte, Birmanie et au Japon.

Cette guerre a eu des conséquences que l’administration coloniale n’avait pas imaginé. La contestation commençait à se sentir dans la population congolaise qui d’année en année rêvait d’indépendance.

Les prémices d’une révolte : La perte de prestige

Revue mensuelle congolaise (1945-1959). Rédacteur en chef : Antoine-Roger Bolamba sous le patronage de Jean-Marie Domont

La Seconde guerre mondiale a sonné le glas du prestige belge au Congo. En effet, les défaites et occupations des deux guerres ont fini par ouvrir les yeux des congolais sur leur colonisateur. Les révoltes sont de plus en plus fréquent comme en 1941 à Elisabethville ou encore 1944 à Masisi avec l’insurrection des Kumu. Un peuple qui veut tout simplement l’indépendance du Congo face au colonisateur belge. Les évènements se sont très vite enchaînés, les grèves à Matadi du 24 et 25 Novembres ont donné le  » la » d’une révolte qui obligea le pouvoir belge à se pencher sur une éventuelle indépendance.

L’élite congolais et les « les évolués » ( ont intériorisé les codes de la société européenne par l’éducation ou tout simplement par assimilation ) sont à l’origine, tout d’abord, de la publication d’un manifeste à Luluabourg ( Kananga). A travers ce manifeste, ils revendiquèrent la reconnaissance de droits spécifiques aux évolués. Ensuite, l’année qui suivit deux journaux furent créés : La Voix du Congolais et La Croix du Congo. Des journaux qui ont eu une place majeure dans la propagation des idées de l’élite congolaise.

Dans la même période, la Belgique signe à la fin de la guerre la charte de l’ONU sur l’autodétermination des peuples mais refuse comme d’autres puissances coloniales de lâcher ses colonies. La raison est simple, elles sont la source d’énormément de richesses que la Belgique ne peut pas laisser filer ainsi.

Joseph Kasa-Vubu, homme politique congolais.

Les mouvements contestataires se font de plus en plus nombreux et sont plus ou mois violent. En 1946, Joseph Kasa-Vubu fondateur de l’ABAKO quelques années plus tard, prononce l’un de ses discours les plus célèbres intitulé « Le droit du premier occupant ». Toutes ces actions poussa l’administration coloniale a autorisé aux « évolués » de Léopoldville de s’organiser en confédération  » générale des syndicats indigènes ».

L’administration coloniale vacille mais ne tombe pas encore. Elle vacille tellement qu’en 1955, Jef Van Bilsen publie le Plan de Trente ans pour l’émancipation politique de l’Afrique Belge qui privilégie l’émancipation progressive de la colonie belge. Le but de la manœuvre est de créer une élite congolaise « pouvant remplacer les cadres belges ». Vous vous doutez bien que cela n’a pas plu que ce soit aux « évolués » qu’à l’élite belge.

Les années 1950 sonnèrent la fin de la colonie belge par l’émergence de mouvements nationalistes de plus en plus déterminé …

A bientôt.

Queenyy.

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