Congo Story

De la Révolte à l’indépendance : De la conscientisation politique à l’inévitable indépendance

Aux élections législatives de mai 1960, ce sont les mouvements nationalistes qui l'emporte Lumumba en-tête. N'en déplaise aux colons belges, Lumumba est la figure politique indispensable de cette indépendance qui devient après la nomination par les deux chambres parlementaires de Joseph Kasa-Vubu comme Président, le tout premier Premier ministre du Congo.

Aujourd’hui, cela fait soixante ans que la République Démocratique du Congo est indépendante. Soixante ans qu’elle connaît épidémie, dictature, trahison, corruption et prospérité de façade. Les hommes au pouvoir de Kasa-Vubu à Tshisekedi, l’ont été pour des raisons très différents mais peu d’entre eux y étaient pour le peuple et la nation. Il y a soixante ans, des hommes se sont battus pour cette indépendance et ont contraint le colon belge à la précipiter. Dans quelles conditions l’indépendance a été obtenu ? Quels processus ont été engagé ? Comment sommes-nous arrivés à cette indépendance ? Voici l’histoire d’une indépendance.

Le temps de la conscientisation politique :

Dans les annés 1950, les moins de 18 ans représentaient la moitié de la population au Congo Belge et le taux d’urbanisation était important. Les congolais émigrés vers des villes prospères de la colonie comme Stanleyville (Kisangani), Léopoldville (Kinshasa) ou encore Elisabethville ( Lumumbashi) et sont nombreux à s’ouvrir au monde et ses idéaux libertaires.

En effet, l’après Seconde Guerre Mondiale sonne le bouleversement des mentalités au Congo Belge et dans toute l’Afrique coloniale. Il y a, par conséquent, un mouvement d’émancipation coloniale qui se fait de plus en plus pressant. Cela révèle pousse notamment, les Anglais à accorder l’indépendance au Ghana en 1958.

Sentant cette volonté naissante et grandissante d’indépendance, Antoine Van Bilsen (militant et professeur d’université) écrit et publie en 1955, le « Plan de trente ans pour l’émancipation politique de l’Afrique Belge » qui place l’émancipation du Congo Belge en 1985. En réponse le Cardinal Malula dans son manifeste fait avec son groupe de « Conscience Africaine », se dit favorable pour une indépendance en 1985. Ce qui provoque la colère de l’Abako qui par l’intermédiaire de Kasa-Vubu publie un contre-manifeste qui est totalement opposé à toutes les idées exposées par Van Bilsen et exige une indépendance immédiate sans concession.

Au sein du Congo Belge, les mouvements politiques émergent et des groupes voient le jour dont :

L’ABAKO mené par Joseph Kasa-Vubu, alliance des bakongos qui souhaite une indépendance immédiate.

Patrice Emery Lumumba

Le Mouvement Nationale Congolais mené par Patrice Lumumba, héros du peuple congolais et ayant une grande popularité tant il prône le nationalisme à son paroxysme. Il est clairement pour la création d’une nation unie après la proclamation de l’indépendance ce qui tranche avec le fédéralisme prôner par l’Abako. En 1959, un scission s’opère au sein du MNC entre les modérés menés par Albert Kalonji et les alliés de Lumumba . Il y a dorénavant deux MNC, celui de Lumumba et celui de Kalonji.

La Conakat mené par Moïse Tshombe, la Confédération des Associations Tribales du Katanga prône une vision très régionale et ethnique des choses. Ils sont très hostiles aux Lubas venant du Kasaï pour travailler dans les mines.

Ils sont officiellement autorisés en 1956 et doivent être parrainés par des partis politiques belges. L’année suivante, ont lieu des élections communales auxquelles les partis congolais peuvent participer. C’est un succès pour eux, de nombreux maires congolais sont élus dont Kasa-Vubu à Dendale, commune de Léopoldville. Au Katanga, la victoires aux élections communales, des Lubas du Kasaï ce qui contrarie les membres du Conakat qui reste fidèle à leur ligne de conduite et sont favorable à un rapprochement avec les colons belges. Dans le nord du Katanga, les Lubas présent historiquement dans la région, membre du mouvement de Balukbakat sont eux proche de Lumumba mais malheureusement, ils ont peu de poids dans la région.

Conférence Panafricaine d’Accra, 1958

En 1958, suite à son indépendance le Ghana organise à Accra la Première Conférence Panafricaine, Kasa-Vubu et d’autres politiques congolais y sont. De cette conférence se dégage quelques idées majeures tels que le renforcement de la volonté d’indépendance et le renforcement de l’idée d’émancipation des peuples. Après cette conférence, il y a une prise de conscience du mépris des blancs sur leur sol . Ainsi qu’une remise en cause de l’ordre établi , de l’administration coloniale et de ses prérogatives très strictes : privilège des populations dénoncées, les conditions de travail décrié vu la discipline que l’administration coloniale a mis en place ( sévices corporelles, grand effort de travail). La source de la révolte se trouve là, l’imposition brutale de la culture européenne et le mépris de la culture congolaise.

En décembre de la même année, lors de son premier meeting politique à Léopoldville, Patrice Lumumba dit « Le peuple congolais à droit à son indépendance ». Les congolais réclament ce qui leur est dû.

1959 : L’année de la révolte sociale et civique

En 1959, le Congo Belge rentre dans une autre phase de la contestation du pouvoir coloniale, une phase plus violente.

Le 4 Janvier débute les émeutes de Léopoldville qui sont le reflet d’une colère grandissante. L’interdiction d’un meeting de l’Abako de retour de la conférence panafricaine d’Accra met le feu au poudre. Mwissa Camus, journaliste reporter congolais rapporte ceci :  » Au retour des leaders congolais d’Accra, la population a réclamé qu’ils viennent raconter ce qu’ils avaient vécu là-bas […] Mais ça, l’autorité coloniale ne le voyait pas d’un bon oeil. Elle a refusé la tenue du meeting« . Le problème de cette interdiction est qu’elle est intervient très tardivement et beaucoup de militants sont déjà dans la salle à Léopoldville et s’impatientent. Kasa-Vubu vient leur parler après de nombreuses minutes d’attente et dit : » Le meeting n’aura pas lieu parce qu’il a été interdit« , avant d’ajouter dans la cohue : »Je vous demande d’avoir foi en l’indépendance. Gardez votre calme. Vive l’indépendance!« . Les appels au calme de Kasa-Vubu reste lettres mortes et la foule sort de la salle en scandant :  » KASA-VUBU, ROI ! »

Entendant des coups de feu et voyant des victimes au sol, la foule explose, c’est l’escalade : pillage, tabassage et incendie. Tout ce qui représente la domination blanche est brûlée, détruite et attaquée. Les émeutiers scandent : « INDEPENDANCE ! DIPANDA ! ». S’ensuit une grande répression du pouvoir coloniale belge, officiellement 50 morts et plus de 200 blessés. En réalité, le nombre de morts est estimé entre 250 et 500 morts. Il a fallu près de trois jours pour contenir la gronde qui s’étend à d’autres villes.

En conséquence, des leaders de l’Abako sont arrêtés alors qu’ils ne sont en rien impliqués, la situation entre congolais et belges se tend. Le 13 Janvier, le Roi Baudouin doit intervenir dans une allocution pour calmer les esprits :  » Notre ferme résolution est aujourd’hui de conduire, sans atermoiements funestes mais sans précipitation inconsidérée, les populations congolaises à l’indépendance dans la prospérité et la paix« . Les partis politiques congolais prennent cette affirmation comme une promesse et attendent l’action du Roi.

Dans le même temps, la désobéissance civile mise en place par Lumumba et Jean Van Vierde ( militant pacifiste belge) qu’avait adopté aussi l’Abako et de nombreux congolais commence à peser sur l’administration coloniale. Il y a, le boycott des cérémonies officielles coloniales, des tribunaux, de l’administration et un refus systématique de payer les impôts.

Les émeutes de Léopoldville ont mis en exergue le besoin de préparer une lente mais sûre indépendance du Congo par l’administration coloniale qui tente par tous les moyens de conserver ses intérêts économiques sur place. Des ambitions qui risques d’être contré par la grande influence de Lumumba et son MNC ancré à gauche. L’idée de l’écarter commence à émerger.

1960 : Independance cha cha To zui ye !

Après l’échec de la rencontre entre le front commun auquel appartenait l’Abako et le MNC au début de l’année, le ministre en charge de la colonie August de Shrijver opte pour la mise ne place d’une table ronde, idée que le roi Baudouin approuve. C’est ainsi que le 20 Janvier 1960 débuta la « Conférence de la Table Ronde Belgo-Congolaise » qui se termina un mois plus tard.

Table Ronde de Bruxelles, 1960

Il y a, à la Table Ronde , la présence de tous les principales figures politiques majeures congolaises, seul Lumumba manquait alors emprisonné par l’administration coloniale. Ce n’est qu’après l’insistance des principaux partis politiques( Abako, Conakat, MNC) que Lumumba fut libéré et autorisé à participer à la Table Ronde. Il arrive en Belgique, à Bruxelles, le 25 Janvier. Ce n’est qu’après son arrivée que les pourparlers prennent tous leurs sens. Le front commun malgré des divergences réussissent à imposer la date du 30Juin pour l’indépendance effective. Kasa-Vubu réaffirme le fait que l’Etat belge n’a pas à s’occuper des organisations politiques du Congo indépendant.

A la fin de la conférence, la popularité de Lumumba est montée en flèche et celle de Kasa-Vubu aussi. Le front commun obtient entre autre : l’indépendance au 30 Juin 1960, l’organisation structurelle de l’Etat avec la séparation des pouvoirs, les principes fondamentaux de la loi congolaise.

Après la conférence et quelques semaines avant les premières élections legislatives, des émeutes ethniques et politiques ont lieu, notamment , au Katanga où la volonté de faire sécession grandit de plus en plus.

Aux élections législatives de mai 1960, ce sont les mouvements nationalistes qui l’emporte, Lumumba en-tête. N’en déplaise aux colons belges, Lumumba est la figure politique indispensable de cette indépendance qui devient après la nomination par les deux chambres parlementaires de Joseph Kasa-Vubu comme Président, le tout premier Premier ministre du Congo.

30 Juin 1960 : Jour d’indépendance

L’indépendance se déroule bien le 30 Juin 1960 avec la présence du roi Baudouin. Une cérémonie d’indépendance qui ressemble plus à une mise sous tutelle qu’à une réelle prise d’autonomie.

L’histoire post coloniale de la République Démocratique du Congo, montre que l’indépendance n’est pour l’instance que partiel 60 ans après, tant les puissances étrangères y sont très présent. Ce pays n’a connu que cinq présidents dont un dictateur et un assoiffé de pouvoir, aucuns d’eux tous n’a su jusqu’à présent le mettre à la place qui est la sienne.

Alors la République Démocratique du Congo est-elle réellement indépendante ? A vous d’y répondre.

Queenyy.

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