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Féminicides : Bourreaux & quête de reconnaissance

En 2019 , le nombre de femmes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint se sont accrues dépassant le triste bilan de 2018, étant de 108 femmes. Atteignant le triste record de 152 femmes, tuées par leur conjoint ou ex-conjoint.

En 2019 , le nombre de femmes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint se sont accrues dépassant le triste bilan de 2018, étant de 108 femmes. Atteignant le triste record de 152 femmes, tuées par leur conjoint ou ex-conjoint. À l’heure où j’écris ces mots, nous sommes à 93 femmes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint, depuis le 1er Janvier 2020. Pour qualifier ce type d’homicide, le terme de « féminicide » est de plus en plus employé. Un terme qui n’est pas encore reconnu par la loi française… Les associations de lutte contre les violences faites aux femmes se multiplient et on en parle enfin ! Nous nous y sommes intéressées, tout d’abord, parce que la cadence de ces fémicides se sont accélérées comme si, 2019 était un TGV de la violence qu’on ne peut arrêter… Puis, c’est aussi le double discours de nos institutions face à ces femmes en détresse qui nous a laissé perplexe et enfin, c’est bien l’engouement médiatique autour de sujet qui a attiré notre attention. Avant d’évoquer les problématiques entourant la féminicide, il est important de comprendre que signifie le terme « féminicide » et ce qu’il englobe.

Dans un premier temps, il s’agirait d’un terme utilisé au XIXeme siècle qui a été popularisé dans les années 1980. Un feminicide désigne donc le meurtre d’une femme en raison de sa condition de femme, généralement pour désigner ce genre de crime, nous parlons d’homicide. Ce terme générique désigne le meurtre d’une personne humaine.

En 1992, Diana Russell, Sociologue et féministe, définie le féminicide comme un meurtre de femme parce qu’elle est une femme (« politics of Killing woman« ). En d’autres termes, cela découlerait d’une haine viscérale des femmes qui mènerait au meurtre. Ensuite, il faut prendre en compte la société profondément masculine voire misogyne dans laquelle nous vivons, où les violences contre les femmes sont ancrées, répandues et banalisées depuis le moyen-âge.

Dans nos sociétés faites autour de l’homme, pour l’homme, les violences masculines contre les femmes sont nombreuses et banalisées. Cette banalisation est visible dans de nombreux pays du monde comme la Chine, où avant l’abandon de la politique de l’enfant unique, les bébés filles étaient tuées. On peut également prendre en exemple d’autres pays comme la Cisjordanie où le crime d’honneur est très répandu.

Pour terminer cette définition, il faut dire qu’en France , tous les deux jours une femme meurt sous les coups de son conjoint, une proportion qui peu à peu s’amenuise… Ces crimes sont reconnus comme crimes passionnels par l’Etat ou encore comme « drames familiaux ». Leur caractère particulier semble être plongé dans une masse difforme …

Le bourreau et ses tourments

Après des recherches approfondies sur le comportement de ses hommes, nous avons compris que cela est plus complexe que ce que nous pensions… Cela nous a permis de mettre en exergue deux causes majeures : une agressivité masculine dont la gérance serait complexe et les différentes formes de jalousie.

En ce qui concerne la première cause permet d’identifier plusieurs types de bourreaux. Tout d’abord, l’agressif qui cherche à faire souffrir l’autre à tout prix alors que le violent se désintéresse complètement de l’autre. Puis, nous avons l’impulsif et le compulsif qui sont diamétralement opposés ! En effet, l’impulsif agit dans un moment de colère alors que le compulsif agit selon l’instinct et à conscience de son acte morbide. Ensuite, il y a le psychopathe qui constitue une catégorie puisqu’il suit ses besoins sans penser à l’autre. En d’autres termes, il laisse son imaginaire prendre le pas sur le réel et se laisse submerger par tout cela jusqu’à commettre l’irréparable. Pour le psychanalyste américain, René Spitz, le psychopathe a un manque d’affection immense provenant de son enfance. Il est donc plus enclin à reproduire une violence subit dans son enfance. Dans ce raisonnement, on peut dire que l’individu agit en reproduction d’une situation lui paraissant normale puisque l’ayant acquis comme tel. Enfin, il y a le sadique et psychotique qui s’oppose. Le sadique agit ainsi parce que cela crée en lui une certaine excitation. Il a la volonté de jouir pleinement du pouvoir qu’il exerce sur l’autre. Quant au psychotique, lui, suit un raisonnement basé sur des pensées délirantes ou encore des hallucinations.

Pour la seconde cause, Willy Pasini , psychiatre et sexologue italien , identifie sept types de jalousie criminelle qui peuvent conduire au féminicide : l’honneur, l’orgueil, la rage, la possessivité, la rivalité, la solitude et la réactivation de l’Oedipe.

Dans un premier temps, la solitude, la possessivité et la réactivation du complexe d’Oedipe mettent en exergue deux causes à ces excès de jalousie : l’abandon et le besoin de posséder l’autre. Le sentiment d’abandon se trouver exacerbé dans la solitude et résulte d’une séparation douloureuse. Cette incompréhension qui rend le fait que la femme tant aimé puisse refaire sa vie ou vivre sans l’individu impossible mais surtout inconcevable. Il se retrouve donc dans une peine inconsolable qui peut le pousser à commettre l’irréparable. Le besoin de posséder l’autre se démontre par la possessivité et la réactivation du complexe d’Oedipe. En effet, le besoin de posséder l’autre et de ne jamais laisser quelqu’un d’autre l’approcher est un des excès dont résulte la possessivité. Lorsque l’individu sent l’autre lui échapper ou bien s’il pense qu’elle peut s’en aller à tout moment, séduire quelqu’un d’autre, il peut perdre tout contrôle et commettre un féminicide. Dans le cadre de la réactivation du complexe d’Oedipe , qui est le sursaut d’un souvenir douloureux d’enfance rappelant un sentiment d’abandon parentale qui survient lorsque l’on croise ou on aperçoit l’être tant aimée avec un autre, le besoin de posséder l’autre est visible et se transcrit dans le refus de la laisser refaire sa vie tandis que lui est seul. Il peut dans ce mélange de sentiment, totalement partir en roue libre et dans un excès de colère lié à une jalousie excessive, la tuer.

Dans un second temps, l’orgueil, la rage , l’honneur et la rivalité sont explicités par une cause majeure , le sentiment d’humiliation. Se sentir humilier, se sentir rabaisser, perdre l’amour d’un être cher , être quitté pour un autre, être trompé tout ceci peuvent nourrir un sentiment d’humiliation qui conduit à une réaction par sursaut d’orgueil , par rage, pour sauver son honneur ou pour essuyer un affront et tous mènent à un féminicide. Pour l’honneur, c’est le fait de ne pas supporter une tromperie, de réagir de manière disproportionnée et violente au fait d’être quitté ou à une humiliation publique. En ce qui concerne l’orgueil, il s’agit souvent de féminicides commis pour punir des femmes qui se refuseraient à l’individu, des refus perçus ncomme une défiance face au rôle de l’homme et à sa supposé domination sociale. Dans le cas de la rivalité , la femme est un trophée, une récompense , elle est déshumanisée, elle est le trophée d’une guerre que se livre deux hommes . Par conséquent, celui qui perd, peut commettre un féminicide pour empêcher à celui qui a gagné de jouir de « son trophée ». Quant à la rage , c’est une réaction instinctive résultant d’un choc insurmontable et par conséquent, il peut être le résultat d’une humiliation sans nom …

Tout ceci ne justifie en rien que tous les deux jours en France, une femme meurt sous les coups de son conjoint ou de son ex-conjoint. Cela permet juste de mieux appréhender les comportements que peuvent avoir ces bourreaux .

Le Féminicide et sa quête de reconnaissance

Le féminicide existait bien avant sa définition en 1992 par Diane Russell puisque depuis des siècles, les femmes sont tuées en raison de leur sexe. Malheureusement, les exemples ne manquent pas, de l’assassinat des sœurs Mirabal dans les années 1960 aux disparitions des femmes de Ciudad Juarèz en 1993, toutes avaient pour unique point commun le fait d’être des femmes.
Toutes ces affaires de plus en plus graves et médiatisées poussent l’ONU à adopter un texte sur les violences contre les femmes et à prendre comme Journée Internationale de la lutte contre les violences faites aux femmes, le 25 Novembre, jour de la mort tragique des sœurs Mirabal .
En 1994, la convention de Belèm Do Para a lieu au Brésil et a pour sujet « l’élimination de la violence contre les femmes ». Trente-trois États signent la convention mais rien ne change de manière significatif.
Les années 2000 et 2010 marquent un tournant dans la lutte contre les violences faites aux femmes et pour la reconnaissance des féminicides comme tels. En effet en 2010, l’ONU des femmes voit le jour et à peine deux ans plus tard, le féminicide est reconnu comme « un concept-outil permettant de sensibiliser l’opinion publique internationale et par la même occasion, permettre une prise de conscience collective ».
En France, c’est en 2014 que le terme est reconnu par la Commission générale de terminologie et de néologie mais pas par la justice…

En 2019, plus précisément du 8 Juillet au 3 Septembre 2019, le gouvernement français a ouvert le Grenelle des violences conjugales pour y faire émerger les solutions et moyens pour lutter efficacement contre les féminicides en France. Le 25 Novembre 2019, Edouard Philippe alors Premier Ministre, a dévoilé en ce jour symbolique , les propositions retenues lors du Grenelle. Forcée de constater la déception des associations, notamment, sur le budget qu’elles jugent insuffisant. En effet, les associations comme #Noustoutes, réclamaient que le gouvernement consacre un milliard d’euros pour lutter efficacement contre les violences faites aux femmes en France. Or l’Etat n’a débloqué que 360 millions d’euros à cette lutte.

2019, l’année de la médiatisation massive, de la conscientisation et de la lutte contre les féminicides…. Voilà comment les médias parlent de l’an passé mais dans les faits c’est un peu plus complexe. Puisque même si la mobilisation a été important, en témoigne la Marche contre les violences faites aux femmes du 23 Novembre 2019, il faut constater que plus de 150 femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint ou leur ex-conjoint. L’action gouvernement reste insuffisante et la formation des forces de l’ordre à ce genre de situation également. Le rapport du Grenelle, un an après, rendu public par la Fondation des femmes en est la preuve.

En effet, la Fondation des femmes est claire, le bilan du Grenelle des violences conjugales est mitigé . Seules les mesures les moins coûteuses et demandant le moins d’effort ont été mises en place, soit 30 % des mesures, celles demandant un travail et du financement conséquent ont été mis de côté pour l’instant. Cela pose problème puisqu’en période de crise sanitaire et de confinement, le manque d’hébergements spécialisés semblable à la Maison des femmes de Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis, se fait sentir et de nombreuses femmes n’ont pas accès à une aide suffisante.
Cette pandémie, a également mis en exergue un angle mort du Grenelle, les familles et enfants des victimes qui n’ont pas été pris en compte lors des débats.

Du côté du gouvernement, il nuance ce rapport et met en avant les points positives et les avancées qui ont eu lieu en 2020.
Effectivement, selon Isabelle Rome, coordinatrice de la lutte contre les violences conjugales au sein du ministère de la justice, il y a une « baisse sensible des homicides malgré la hausse des violences conjugales » . Elle met en avant le fait que les dispositifs mis en place pour lutter contre les violences faites aux femmes comme la plateforme « arretonslesviolences.gouv.fr » ou encore le téléphone grave danger, ont été plus utilisés. En d’autres termes, les signalements de violences conjugales se sont accrues de 15% pour la plateforme et plus de 1 200 téléphones ont été distribués.
En ce qui concerne le grenelle, Isabelle Rome précise qu« un certain nombre de mesures issues du Grenelle […] sont toutes en train d’être mises en place »

En 2020, 93 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint mais il faut nuancer cette baisse qui peut être l’arbre qui cache la forêt. En effet, cette année de pandémie mondiale où le confinement était la norme de nombreuses femmes ont été enfermés avec leur bourreau sans pouvoir agir ou fuir . L’augmentation des signalements devrait d’une part inquiéter puisque cela peut être le signe que les violences conjugales ce sont accrues durant les confinements mais d’autre part, être le signe d’une parole qui se libère. Les victimes sont plus promptes à demander de l’aide et cela est bien le reflet d’une démocratisation de la lutte contre les violentes faites aux femmes.

Queen.

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