DE L’URSS À L’ATTAQUE RUSSE : RETOUR SUR UNE RELATION COMPLEXE

Ce 24 Février, la Russie a lancé une opération militaire de grande envergure en Ukraine après plusieurs semaines de tensions géopolitiques. Retour sur l’historique d’un conflit régional aux conséquences mondiales.

Une Histoire lointaine.

L’historique conflictuelle entre la Russie et l’Ukraine remonte bien au XVIII°siècle mais ici nous allons nous concentrer à leur relation depuis la création de l’Union des Républiques Socialistes soviétiques (URSS) en 1922.

7 Août 1932 – « Grande Famine » et Génocide Ukrainien – Herodote.net

Entre 1922 et 1991, les relations russo-ukrainiennes sont celle d’un empereur à son vassal. En effet, la République socialiste soviétique d’Ukraine est soumis aux nombreuses fluctuations du régime communiste soviétique. Notamment, lors de la grande famine entre 1931 et 1932, considérée par les ukrainiens comme un génocide. Cette famine est dû à la mise en oeuvre de la collectivisation des terres forcé qu’il faut allier à de très mauvaises récoltes.

En plus d’être soumise à ces fameuses fluctuations, l’Ukraine fait face comme le reste de l’union soviétique à une russification intensive de leurs terres passant entre autre, par le remplacement de leur langue nationale par le russe. Cette langue russe qui est perçu par de nombreux ukrainiens à l’est et au centre du pays comme un facteur d’ascension sociale majeur. Du côté russe, l’Ukraine est perçu comme une pièce maîtresse de leur industrie en terme de charbon et d’acier.

À l’éclatement de l’URSS en 1991, la Russie sombre tandis que l’Ukraine tente tant bien que mal à se construire en tant que nation officiellement libre.

De l’indépendance à la guerre du Donbass

La chute de l’URSS plonge la Russie dans une période complexe de son histoire et quelque peu fragilisante.

L’élargissement de l’OTAN perçu comme une menace par les autorités russes. [Cécile Marin – Monde diplomatique]

Pendant ce temps,l’OTAN qui était un peu en perdition se voit revigorer par son élargissement en Europe de l’Est. Un élargissement qu’elle avait promis à la Russie de Gorbatchev de ne jamais opérer. C’est ainsi qu’entre 1999 et 2020 de nombreux pays d’Europe de l’est, tels que la Pologne, la Roumanie, l’Estonie ou encore le Monténégro ont rejoint l’OTAN à leur demande.

Ces intégrations progressives ont fait naître en Russie un sentiment d’encerclement occidentale sur territoire oriental. Un sentiment nourrit et cultivé par Vladimir Poutine lui-même.

En ce qui concerne l’Ukraine, la Russie n’a jamais renoncé à un rôle exécutif sur ce territoire et l’arrivé de Vladimir Poutine au pouvoir n’a fait que confirmer cette volonté. La volonté de l’Ukraine de se rapprocher progressivement du monde occidental et libérale est trés mal perçu par Moscou. L’arrivé au pouvoir de Viktor Iouchtchencko profondément libérale, en 2005, ne rassure pas la Russie. Le président Iouchtchenko, quant à lui, doit faire face à une division dans son pays entre pro-russe et pro-occident. Effectivement, ce dernier a pu compter sur le soutien massif de l’ouest du pays tandis que l’est,notamment, dans le Donbass ainsi que dans le sud se tournaient plus vers Viktor Ianoukoytch qui est pro-russe.

Cette trève libérale est de courte durée puisque cinq ans plus tard, c’est bien Viktor Ianoukoytch. Durant ses années de présidence Viktor Ianoukoytch opère un renforcement des relations avec la Russie, il stoppe les accords d’associations avec l’union européenne et renforce également son pouvoir présidentiel. Un cocktail Molotov auquel il faut ajouter une gestion économique perçu comme « hasardeuse ». Le tout a poussé la population ukrainienne a contesté ses choix. Une contestation qui tourne très vite à la révolution en 2014. Une révolution qui a deux conséquences : l’exil forcé de Viktor Ianoukoytch et l’éclatement de la guerre civile du Donbass à l’est du pays.

Une guerre civile toujours en cours opposant les Républiques de Donetsk et celle de Lougansk ( pro-russe) aux autorités ukrainiennes. Bien évidemment, la Russie est impliquée dans ce conflit et soutiens officieusement les séparatistes. Ce climat tendu, a d’ailleurs permis à Moscou d’envahir et de rattacher en 2014 la Crimée.

De Minsk 2 à l’attaque Russe

Depuis 2014, on assiste une guerre qui n’en finit pas rythmé par différents accords et cessez-le-feu entre l’Ukraine et les séparatistes soutenus par Vladimir Poutine. Par exemple, les accords de Minsk 2 conclus en 2015 reconnaissant une certaine autonomie aux territoires séparatistes afin d’apaiser les tensions n’ont cessé d’être remis en cause par les différents belligérants par la suite.

Ukrainians attend a rally marking Defense of the Homeland Day in center Kyiv, Ukraine, Monday, Oct. 14, 2019. Some 15,000 far-right and nationalist activists protested in the Ukrainian capital, chanting « Glory to Ukraine » and waving yellow and blue flags. President Volodymyr Zelenskiy urged participants to avoid violence and warned of potential “provocations” from those who want to stoke chaos. (AP Photo/Efrem Lukatsky)

En Ocobre 2019, les choses s’accélèrent quelques peu. La Russie et l’Ukraine se voit à Minsk sous l’égide de l’Organisation de pour la sécurité et la coopération en Europe. Des pourparlers qui aboutissent à la mise en place d’élection dans les régions séparatistes. Une décision qui ne passe pas à Kiev. La population déscend dans les rues entre le 6 et le 14 Octobre qualifiant le président en exercice, Volodymyr Zelensky de « traître » et l’accusant d’avoir « capituler » face à la Russie.

Fin Décembre, des accords autour du gaz sont signés pour cinq ans. La construction du gazoduc NordStream 2 peut commencer.

En 2020, la volonté de l’Ukraine d’intégrer l’OTAN est toujours aussi grande mais se heurte au refus catégorique de la Russie. La Russie qui exige que les Etats-Unis adhèrent à sa position ce que les américains ont toujours refusé. L’OTAN a d’ailleurs reconnu l’Ukraine comme partenaire cette même année.

En 2021, dans une démarche de neutralisation de la Russie , Joe Biden, fraîchement président, rencontre Vladimir Poutine afin de »relancer les discussions. Quelques mois plus tard, les Etats-Unis demande des explications à la Russie suite à sa présence aux frontières ukrainiennes. Au même moment, Vladimir Poutine accuse les occidentaux de livrer des armes à l’Ukraine et l’Ukraine notifie la présence de plus de 90 000 soldats russes à ses frontières.

Le 7 Décembre, Joe Biden menace lors d’un sommet bilatéral de  »fortes sanctions économiques » en cas d’invasion de l’Ukraine. De son côté, la Russie exige des garanties concernant la non intégration de l’Ukraine à l’OTAN.

Le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken (à gauche) et le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov à Genève, le 21 janvier 2022

Le déploiement des troupes russes à partir du 18 Janvier 2022 en Biélorussie accélère les choses. En effet, en voyant ce déploiement, Les Etats-Unis débloque 200 millions de dollars d’aide sécuritaire pour l’Ukraine et permettent aux États baltes de livrer à l’Ukraine des armes américaines. Une rencontre diplomatique russo-américaine est organisée dans la foulée à Genève pour apaiser les tensions mais sans succès.

Le président russe Vladimir Poutine (à gauche) et le président français Emmanuel Macron à Moscou, le 7 février 2022 (Photo by SPUTNIK / AFP)

Le 2 Février, Washington envoie 3000 soldats en Europe de l’est pour renforcer les rangs de l’OTAN. Quelques jours plus tard, une rencontre a lieu au Kremlin entre Vladimir Poutine et Emmanuel Macron dans le but d’aboutir à des compromis. Chose à laquelle Poutine consent officiellement après plus de 5 heures de discussions.

Entre le 15 février et aujourd’hui, de nombreuses actions contradictoires sont menées par la Russie. Tout d’abord, le 15 Février, elle décide de retirer ses troupes des frontières ukrainiennes, ce qui est vu comme un signe d’apaisement. Mais coup de théâtre, le 21 Février, Moscou reconnait officiellement la République Populaire de Donetsk et signe sans attendre des accords « d’amitiés et d’entraides ».

Le 22 Février, l‘ONU et une majorité des membres du conseils de sécurité ont condamné les actions russes. Le Président Français a bien évidemment condamné cela.

Ce matin peu avant 6H du matin, Vladimir Poutine a annoncé avoir lancé une opération militaire en Ukraine dans le but de défendre les séparatistes et a mis en garde tous ceux qui souhaiteraient intervenir en leur promettant « des conséquences que vous n’avez encore jamais connues ».

Point sur la situation :

Ce matin, l’armée russe a pénétré en territoire ukrainien en passant par la Crimée et ont annoncé le premier mort dans l’invasion. De son côté, L’armée ukrainienne de son côté affirme avoir tué « près de 50 opposants russes » ce qui peut correspondre à la fois aux soldats russes et aux séparatistes pro-russes. Tandis que l’armée russe annonce que les séparatistes prorusses de l’est de l’Ukraine ont réalisé des gains territoriaux . Ils ont, selon eux , avancé de trois kilomètres dans la région de Donetsk et d’un kilomètre et demi dans celle de Lougansk, selon un porte-parole.

De leurs cotés, les dirigeants de l’OTAN ont annoncé se réunir demain en visioconférence pour un sommet exceptionnel et se dit prêt à déployer des forces supplémentaires dans «  la partie orientale de l’alliance. »

De son coté, Emmanuel Macron a livré une allocution à la mi-journée pour réaffirmer son soutien au pouvoir ukrainien et a vivement condamné l’invasion russe. Notifiant la tenue exceptionnelle d’un sommet du G7 dans l’après-midi.

L’intégralité de la mise au point de la situation de la guerre russo-ukrainienne se trouve sur notre Twitter via le thread ci-dessous :

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s