LUMUMBA : MARTYR HÉROÏQUE

En janvier 1961, Patrice Emery Lumumba est arrêté puis exécuté comme une bête sauvage, il devint dès lors, le martyr héroïque de l’indépendance, de celle qui, quelques mois plus tôt était encore « le Congo Belge ». Idéalisé, glorifié, starifié, Patrice Emery Lumumba a évincé tous les autres acteurs congolais de la route vers l’indépendance, occupant dans la mémoire collective et dans celle qu’on nous impose, la place de l’homme rebelle qui a fait s’effondrer tout un pouvoir colonial. En réalité, Lumumba n’était pas seul mais bien le seul à faire trembler la puissance coloniale belge .

Ici, on ne reviendra pas sur la vie de Patrice Lumumba mais plus sur son rôle politique et sur l’instrumentalisation de sa mort.

Voici le Mouvement National Congolais

 Après la Seconde Guerre Mondiale, un bouleversement des mentalités au Congo Belge et dans toute l’Afrique coloniale se fait. Il y a, par conséquent, un mouvement d’émancipation coloniale qui se fait de plus en plus pressant. Cela pousse, notamment, les Anglais à accorder l’indépendance au Ghana en 1958. Ghana qui organise la Première Conférence Panafricaine, où Kasa-Vubu, Lumumba et d’autres politiques congolais se rendent.  Une conférence qui a forgé et renforcé la volonté d’indépendance et d’émancipation des peuples colonisés comme les congolais. 

Conférence Panafricaine d’Accra, 1958

Des congolais subissant  depuis des années oppression, répression, sévices corporelles qui ont consolidé cette révolte naît de l’imposition brutale de la culture européenne et du mépris de la culture congolaise par l’administration coloniale.

En 1958, l’exposition universelle de Bruxelles donne une image plus que néfaste des congolais. Une image que Patrice Lumumba invitait à l’exposition avec d’autres « évolués » désapprouve, le poussant à s’éloigner des libéraux belges et se rapprocher des anti-colonialistes belges. Un rapprochement qui donne une impulsion plus forte à la création de son mouvement Nationale Congolais. Lumumba est clairement pour la création d’une nation unie après la proclamation de l’indépendance, ce qui tranche avec le fédéralisme prôné par l’Abako de Kasa-vubu.  En 1959, une scission s’opère au sein du MNC entre les modérés menés par Albert Kalonji et les alliés de Lumumba . Il y a dorénavant deux MNC, celui de Lumumba et celui de Kalonji.

Une année auparavant, les mouvements politiques hors de l’administration coloniale voient le jour et sont parrainés par ceux de Belgique, ce qui explique le rapprochement de Lumumba avec les mouvements anti-colonialistes.

Lumumba, indispensable

Patrice Emery Lumumba

À ce moment- là, Patrice Emery Lumumba est déjà dans le rétroviseur de l’administration coloniale tant la lumière autour de lui se fait de plus en plus grande. Il n’est d’ailleurs pas épargné lors de la répression en 1959. En effet, en Janvier 1959, ont eu lieu les émeutes de Léopoldville ( Kinshasa) dues à la répression des mouvements nationalistes comme le MNC ou L’ABAKO qui est dissoute.  En octobre de la même année, le MNC de Lumumba est la cible de l’administration coloniale puisque vu comme leader de la tendance « extrêmiste radicale » des indépendantistes. C’est pourquoi, lors du Congrès national du MNC à Stanleyville ( Kisangani), les gendarmes tirent dans la foule faisant  des centaines de blessés et 30 morts. Lumumba est donc arrêté quelques jours après. 

Cette condamnation le rend indisponible pour la Table Ronde de Bruxelles qui débute le 20 Janvier 1960. Une Table Ronde censée déterminer les grandes lignes et conditions de l’indépendance du Congo Belge. Une absence qui arrange bien le pouvoir belge qui tend à garder une certaine hégémonie sur le Congo malgré l’indépendance. Ils le savent , cette volonté n’est possible qu’en l’absence de Lumumba parce que même si Kasa-Vubu, Tshombé et les autres sont déterminés à obtenir l’indépendance aucun d’eux n’a le nationalisme dans la peau comme Lumumba. 

Table Ronde de Bruxelles du 20 Janvier au 16 Mai 1960

Les discussions entre le pouvoir belge et les différentes forces politiques du Congo-Belge débutent donc sans Lumumba emprisonné… Mais coup de théâtre, les représentants congolais refusent de continuer les discussions sans Lumumba qui est une figure phare de ce mouvement d’indépendance… Les Belges n’ont d’autre choix que d’ordonner sa libération. C’est donc le 26 Janvier que Lumumba prend part aux discussions qui se terminent le 16 Mai 1960 avec une date d’indépendance fixée au 30 Juin 1960. Le pouvoir belge sort de ces discussions décontenancé et déçu parce que croyant profiter des différences politiques des représentants congolais pour imposer leur volonté, ils ont fait face à union congolaise voulant se débarrasser au plus vite de ces instrus trop longtemps restés sur leur terre. Dans la foulée Lumumba rentre en sauveur au Congo et remporte très largement les élections générales avec son MNC , le plaçant en pôle position pour la présidence, poste qu’il refuse au profit de celui de Premier Ministre. C’est donc Joseph Kasa-Vubu qui est nommé Président de la République.

Lumumba : Les Belges plus jamais.

Lors de la cérémonie d’accession à l’indépendance, le 30 Juin 1960, Patrice Emery Lumumba prononce son discours le plus célèbre et le plus virulent à l’encontre du pouvoir belge et sa politique coloniale. Voici ces quelques mots devenus célèbres :

« Nous avons connu le travail harassant exigé en échange de salaires qui ne nous permettaient ni de manger à notre faim, ni de nous vêtir ou nous loger décemment, ni d’élever nos enfants comme des êtres chers. Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des « nègres ». Nous avons connu les souffrances atroces des relégués pour opinions politiques ou croyances religieuses ; exilés dans leur propre patrie, leur sort était vraiment pire que la mort même. (…) Qui oubliera enfin les fusillades où périrent tant de nos frères, les cachots où furent brutalement jetés ceux qui ne voulaient plus se soumettre au régime d’injustice, d’oppression et d’exploitation. Nous qui avons souffert dans notre corps et dans notre cœur de l’oppression colonialiste, nous vous le disons tout haut: tout cela est désormais fini. »

Discours de Lumumba, le. 30 Juin 1960

Un discours qui détonne tant il n’a rien à voir avec ce qui était prévu au départ. En effet, il devait s’adresser au Roi Baudouin présent sur place en des termes plus que cordiaux et le laisser faire son discours paternaliste. Au lieu de ça, Lumumba s’est adressé aux congolais directement en des termes plus que nationalistes, ce qui contrarie le roi Baudouin et le pousse à vouloir précipiter son retour en Belgique.

Lumumba : Un pouvoir contesté

Pendant très longtemps, ce discours a été vu comme celui ayant signé son arrêt de mort, celui ayant signé son exécution or les choses sont plus complexes que cela et tout ne tient pas à ce discours. 

Il faut le reconnaître que ce discours nationaliste a eu des conséquences sur les congolais et leur relation avec les fonctionnaires belges occupants encore les postes clés comme l’armée : Des émeutes, pillages, chasses aux sorcières ont lieu. Les belges sont chassés des terres congolaises en un rien de temps ! Lumumba profite de cette cohue pour proclamer «  l’africanisation » de l’armée et fait face à une tentative de sécession du Katanga de Moïse Tshombé , soutenu par les belges souhaitant garder la mainmise sur les richesses de cette province minière. Lumumba voit cela comme une opposition aux populations congolaises et une domination à terme du capitalisme sur les africains…. 

Moïse Tshombé

La Belgique fait preuve d’un paternalisme sans nom en estimant que le gouvernement de Lumumba est incompétent et décide d’envoyer sans tarder des troupes de son armée au sein de son ancienne colonie, notamment, dans la région de Katanga où elle soutient la sécession, proclamé par Moïse Tshombé dès le 11 Juillet 1960. Une intervention rapide de la Belgique impossible sans l’autorisation de l’OTAN qui lui permet de laisser en pleine Guerre Froide son front Belge allemand a découvert…  Cette décision rend le conflit civil congolais international poussant l’URSS à prendre le parti de Lumumba et l’ONU à ordonner aux Belges de se retirer au plus vite de ces terres qui ne sont plus les siennes.  

Discours de Lumumba à l’ONU

En Août, la Belgique signe un accord avec Tshombé et reconnaît donc l’indépendance du Katanga. En réaction Lumumba y envoie des forces armées pour reprendre la région, l’ONU intervient et impose un cessez-le-feu militaire. C’est là que la décision d’éloigner Lumumba le plus loin possible du pouvoir est matérialisé au sein de la CIA par un message de son directeur général, Allen Dulles « Nous avons décidé que son éloignement est notre objectif le plus important et que, dans les circonstances actuelles, il mérite grande priorité dans notre action secrète » . Dans un contexte de Guerre Froide, le rapprochement de Lumumba avec l’URSS et sa détermination anticapitaliste l’ont rendu persona non grata au sein du bloc de l’ouest. La cible a été placée dans son dos.

Lumumba assassiné

Dans cette vindicte contre lui, Lumumba se retrouve de plus en plus isolé, les modérés se réjouissent de sa perte de contrôle qui permet à Joseph Kasa-Vubu de le révoquer lui et ses ministres nationalistes au profit de Joseph Iléo et de ministres plus modérés. Cela a été possible uniquement parce que Lumumba faisait face en plus d’une fronde politique à une fronde civile, les congolais comprenaient de moins en moins ses choix et le doute est apparu… 

Mais Lumumba répond qu’il n’en a que faire de cette révocation et révoque à son tour Kasa-Vubu grâce à la motion de maintien votée par le parlement et le conseil des ministres. 

Tout ce chambardement politique prend fin lorsque Joseph Désiré Mobutu, proche de Lumumba et militaire, fait un coup d’Etat soutenu par la CIA et le bloc de l’Ouest. Lumumba et Kasa-Vubu sont assignés à résidence mais Lumumba n’abandonne pas ! Il réunit ses alliés politiques et monte un gouvernement clandestin avec Antoine Gizenga à sa tête ! 

Lumumba arrêté en Janvier 1961

La fin est proche mais Lumumba ne le sait pas encore. Il s’échappe avec sa famille de sa résidence surveillée et tente de regagner Stanleyville. Pensant avoir réussi à échapper à ses poursuivants, il ameute la foule et se fait repérer avant d’être arrêté dans le district de Sankuru (Kasaï-Oriental) par le Major Gilbert Mpongo. Il est transféré au camp militaire de Thysville ( Mbanza-Ngungu) puis à Elisabethville ( Lubumbashi) le 17 Janvier 1961, où il est fusillé. Dans sa fuite, Lumumba a emmené des compagnons dont Maurice Mpolo et Joseph Okito qui sont arrêtés et torturés par Tshombé et ses hommes au Katanga avant d’être aussi fusillé.

Même si officiellement, ce sont les Katangais sous les ordres de Tshombé qui sont tenus responsables de la mort de Lumumba, il est clair que le pouvoir belge a sa grande part de responsabilité. Les Belges sont notamment accusés d’avoir orchestré le transfert de Lumumba au Katanga sécessionniste ainsi que son exécution et la disparition de son corps. En effet, les ressentiments vis-à-vis de Lumumba par le Roi Baudouin et le pouvoir sont flagrants puisqu’ils participent à sa déstabilisation, s’opposent à sa libération et permettent à des officiers de prendre part à son exécution.

Cette exécution propulse Patrice Emery Lumumba au rang de Martyr héroïque puisque mort pour ses convictions.

Il n’était pas le seul à vouloir l’indépendance, il n’était pas le seul à vouloir un Congo libre mais il était le seul à vouloir un Congo anticapitaliste et communiste. Ses convictions ont fait de lui en pleine Guerre Froide l’ennemi de la Belgique mais aussi l’un des ennemis du monde occidentale qui voulait éradiquer le communisme et ses alliés.

Beaucoup en parlant de Lumumba oublient de parler du contexte qui a permis son intronisation en tant que héros national. Ils oublient les apports de Kasa-vubu, Kalonji,  Tshombé et pleins d’autres pour l’obtention de l’indépendance. Sans eux tous pas d’indépendance, pas de Lumumba non plus. 

Certes leur quête de reconnaissance et de pouvoir ont permis à la Belgique d’obtenir l’exécution de Lumumba mais sans ceux tous le Congo serait peut-être encore une terre officiellement belge …

Queen Sunda Pedro .

De la Révolte à l’indépendance : De la conscientisation politique à l’inévitable indépendance

Aujourd’hui, cela fait soixante ans que la République Démocratique du Congo est indépendante. Soixante ans qu’elle connaît épidémie, dictature, trahison, corruption et prospérité de façade. Les hommes au pouvoir de Kasa-Vubu à Tshisekedi, l’ont été pour des raisons très différents mais peu d’entre eux y étaient pour le peuple et la nation. Il y a soixante ans, des hommes se sont battus pour cette indépendance et ont contraint le colon belge à la précipiter. Dans quelles conditions l’indépendance a été obtenu ? Quels processus ont été engagé ? Comment sommes-nous arrivés à cette indépendance ? Voici l’histoire d’une indépendance.

Le temps de la conscientisation politique :

Dans les annés 1950, les moins de 18 ans représentaient la moitié de la population au Congo Belge et le taux d’urbanisation était important. Les congolais émigraient vers des villes prospères de la colonie comme Stanleyville (Kisangani), Léopoldville (Kinshasa) ou encore Elisabethville ( Lumumbashi) et ont été nombreux à s’ouvrir au monde et ses idéaux libertaires.

En effet, l’après Seconde Guerre Mondiale sonne le bouleversement des mentalités au Congo Belge et dans toute l’Afrique coloniale. Il y a, par conséquent, un mouvement d’émancipation coloniale qui se fait de plus en plus pressant. Cela pousse, notamment, les Anglais à accorder l’indépendance au Ghana en 1958.

Sentant cette volonté naissante et grandissante d’indépendance, Antoine Van Bilsen (militant et professeur d’université) écrit et publie en 1955, le « Plan de trente ans pour l’émancipation politique de l’Afrique Belge » qui place l’émancipation du Congo Belge en 1985. En réponse le Cardinal Malula dans son manifeste fait avec son groupe de « Conscience Africaine », se dit favorable à cette indépendance en 1985. Ce qui provoque la colère de l’Abako qui par l’intermédiaire de Kasa-Vubu publie un contre-manifeste qui est totalement opposé à toutes les idées exposées par Van Bilsen et exige une indépendance immédiate sans concession.

Au sein du Congo Belge, les mouvements politiques émergent et des groupes voient le jour dont :

L’ABAKO mené par Joseph Kasa-Vubu, l’alliance des bakongos souhaitant une indépendance immédiate.

Patrice Emery Lumumba

Le Mouvement Nationale Congolais mené par Patrice Lumumba, héros du peuple congolais ayant une grande popularité, tant il prône le nationalisme poussé à son paroxysme. Il est clairement pour la création d’une nation unie après la proclamation de l’indépendance ce qui tranche avec le fédéralisme prôner par l’Abako. En 1959, un scission s’opère au sein du MNC entre les modérés menés par Albert Kalonji et les alliés de Lumumba . Il y a dorénavant deux MNC, celui de Lumumba et celui de Kalonji.

La Conakat mené par Moïse Tshombe, la Confédération des Associations Tribales du Katanga prône une vision très régionale et ethnique des choses. Ils sont très hostiles aux Lubas venant du Kasaï pour travailler dans les mines.

Ils sont officiellement autorisés en 1956 et doivent être parrainés par des partis politiques belges. L’année suivante, ont lieu des élections communales auxquelles les partis congolais peuvent participer. C’est un succès pour eux, de nombreux maires congolais sont élus dont Kasa-Vubu à Dendale, commune de Léopoldville. Au Katanga, la victoires aux élections communales, est pour les Lubas du Kasaï ce qui contrarie les membres du Conakat qui restent fidèles à leur ligne de conduite et sont favorables à un rapprochement avec les colons belges. Dans le nord du Katanga, les Lubas présent historiquement dans la région, membre du mouvement de Balukbakat sont eux proche de Lumumba mais malheureusement, ils ont peu de poids dans la région.

Conférence Panafricaine d’Accra, 1958

En 1958, suite à son indépendance le Ghana organise à Accra la Première Conférence Panafricaine, Kasa-Vubu et d’autres politiques congolais y sont. De cette conférence se dégage, quelques idées majeures tels que, le renforcement de la volonté d’indépendance et le renforcement de l’idée d’émancipation des peuples. Après cette conférence, il y a une prise de conscience du mépris des blancs sur leur sol . Ainsi qu’une remise en cause de l’ordre établi , de l’administration coloniale et de ses prérogatives très strictes : privilège des populations dénoncées, les conditions de travail décriés vu la discipline mise en place par l’administration coloniale ( sévices corporelles, grand effort de travail). La source de la révolte se trouve là: l’imposition brutale de la culture européenne et le mépris de la culture congolaise.

En décembre de la même année, lors de son premier meeting politique à Léopoldville, Patrice Lumumba dit « Le peuple congolais à droit à son indépendance ». Les congolais réclament ce qui leur est dû.

1959 : L’année de la révolte sociale et civique

En 1959, le Congo Belge rentre dans une autre phase de la contestation du pouvoir coloniale, une phase plus violente.

Le 4 Janvier débute les émeutes de Léopoldville qui sont le reflet d’une colère grandissante. L’origine ? L’interdiction d’un meeting de l’Abako de retour de la conférence panafricaine d’Accra. Mwissa Camus, journaliste reporter congolais, rapporte ceci :  » Au retour des leaders congolais d’Accra, la population a réclamé qu’ils viennent raconter ce qu’ils avaient vécu là-bas […] Mais ça, l’autorité coloniale ne le voyait pas d’un bon oeil. Elle a refusé la tenue du meeting« . Le problème de cette interdiction est qu’elle est intervient très tardivement et beaucoup de militants sont déjà dans la salle à Léopoldville et s’impatientent. Kasa-Vubu vient leur parler après de nombreuses minutes d’attente et dit : » Le meeting n’aura pas lieu parce qu’il a été interdit« , avant d’ajouter dans la cohue : »Je vous demande d’avoir foi en l’indépendance. Gardez votre calme. Vive l’indépendance!« . Les appels au calme de Kasa-Vubu reste lettres mortes et la foule sort de la salle en scandant :  » KASA-VUBU, ROI ! »

Entendant des coups de feu et voyant des victimes au sol, la foule explose, c’est l’escalade : pillage, tabassage et incendie. Tout ce qui représente la domination blanche est brûlée, détruite et attaquée. Les émeutiers scandent : « INDEPENDANCE ! DIPANDA ! ». S’ensuit une grande répression du pouvoir coloniale belge, officiellement 50 morts et plus de 200 blessés. En réalité, le nombre de morts est estimé entre 250 et 500 morts. Il a fallu près de trois jours pour contenir la gronde qui s’étend à d’autres villes.

En conséquence, des leaders de l’Abako sont arrêtés alors qu’ils ne sont en rien impliqués, la situation entre congolais et belges se tend. Le 13 Janvier, le Roi Baudouin intervient dans une allocution pour calmer les esprits :  » Notre ferme résolution est aujourd’hui de conduire, sans atermoiements funestes mais sans précipitation inconsidérée, les populations congolaises à l’indépendance dans la prospérité et la paix« . Les partis politiques congolais prennent cette affirmation comme une promesse et attendent l’action du Roi.

Dans le même temps, la désobéissance civile mise en place par Lumumba et Jean Van Vierde ( militant pacifiste belge) qu’avait adopté aussi l’Abako et de nombreux congolais commence à peser sur l’administration coloniale. Il y a, le boycott des cérémonies officielles coloniales, des tribunaux, de l’administration et un refus systématique de payer les impôts.

Les émeutes de Léopoldville ont mis en exergue le besoin de préparer une lente mais sûre indépendance du Congo par l’administration coloniale qui tente par tous les moyens de conserver ses intérêts économiques sur place. Des ambitions qui risques d’être contré par la grande influence de Lumumba et son MNC ancré à gauche. L’idée de l’écarter commence à émerger.

1960 : Independance cha cha To zui ye !

Après l’échec de la rencontre entre le front commun auquel appartenait l’Abako et le MNC au début de l’année, le ministre en charge de la colonie August de Shrijver opte pour la mise ne place d’une table ronde, idée que le roi Baudouin approuve. C’est ainsi que le 20 Janvier 1960 débuta la « Conférence de la Table Ronde Belgo-Congolaise » qui se termina un mois plus tard.

Table Ronde de Bruxelles, 1960

Il y a, à la Table Ronde , la présence de tous les principales figures politiques majeures congolaises, seul Lumumba manquait alors emprisonné par l’administration coloniale. Ce n’est qu’après l’insistance des principaux partis politiques( Abako, Conakat, MNC) que Lumumba fut libéré et autorisé à participer à la Table Ronde. Il arrive en Belgique, à Bruxelles, le 25 Janvier. Ce n’est qu’après son arrivée que les pourparlers prennent tout leur sens. Le front commun,malgré, des divergences réussissent à imposer la date du 30 Juin pour l’indépendance effective. Kasa-Vubu réaffirme le fait que l’Etat belge n’a pas à s’occuper des organisations politiques du Congo indépendant.

A la fin de la conférence, la popularité de Lumumba est montée en flèche et celle de Kasa-Vubu aussi. Le front commun obtient entre autre : l’indépendance au 30 Juin 1960, l’organisation structurelle de l’Etat avec la séparation des pouvoirs, les principes fondamentaux de la loi congolaise.

Après la conférence et quelques semaines avant les premières élections legislatives, des émeutes ethniques et politiques ont lieu, notamment , au Katanga où la volonté de faire sécession grandit de plus en plus.

Aux élections législatives de mai 1960, ce sont les mouvements nationalistes qui l’emporte, Lumumba en-tête. N’en déplaise aux colons belges, Lumumba est la figure politique indispensable de cette indépendance qui devient après la nomination par les deux chambres parlementaires de Joseph Kasa-Vubu comme Président, le tout premier Premier ministre du Congo.

30 Juin 1960 : Jour d’indépendance

L’indépendance se déroule bien le 30 Juin 1960 avec la présence du roi Baudouin. Une cérémonie d’indépendance qui ressemble plus à une mise sous tutelle qu’à une réelle prise d’autonomie.

L’histoire post coloniale de la République Démocratique du Congo, montre que l’indépendance n’est pour l’instance que partiel 60 ans après, tant les puissances étrangères y sont très présent. Ce pays n’a connu que cinq présidents dont un dictateur et un assoiffé de pouvoir, aucuns d’eux tous n’a su jusqu’à présent le mettre à la place qui est la sienne.

Alors la République Démocratique du Congo est-elle réellement indépendante ? A vous d’y répondre.

Queenyy.

De la Révolte à l’indépendance : #1 Quand le Congo est devenu belge.

L’Histoire entre le Congo (RDC) et la Belgique reste jusqu’à ce jour un sujet sensible qui peine à se décanter, comme ailleurs, le colonisateur a du mal à reconnaître ses crimes. Il est dans le déni au point de voir dans la colonisation quelque chose de positif. C’est pourquoi, nous avons décidé de vous la conter. Le mois d’indépendance de la République démocratique du Congo (RDC) semble le meilleur moment pour vous raconter l’histoire d’une colonie pas comme les autres. Une colonie par obligation appartenant à un seul homme qui a dû céder cette chère terre à son pays. Cet homme Léopold II de Belgique, fut l’un des plus grands tyrans que la RDC est connue.

De l’Etat indépendant du Congo au Congo Belge

Image1: Extrait des travaux du Congo reform Association contre Léopold II . Image 2 ; Photos de congolais mutilés publiés par le Congo Reform Association. Image 3 : Edmund Dene Morel

Entre 1885 et 1908, la RDC alors nommée « L’Etat Indépendant du Congo »(EIC) était la propriété privée de Léopold II de Belgique, roi des Belges. Un homme qui a tout fait pour avoir des colonies et ne pouvait se résoudre de mourir sans en posséder une. Pour acquérir cette dernière, il invoqua la libération des mains des Arabes présents dans la zone alors qu’il s’agissait juste de l’assouvissement d’une quête de richesse et de grandeur. Il mit en place le travail forcé à outrance pour exploiter la moindre richesse du territoire congolais. Il fut sans pitié envers les congolais soumis à cette exploitation forcée : mutilations et tortures rimèrent leur quotidien.

Dans les années 1900, la contestation se faisait de plus en plus forte sur le continent. Une campagne internationale menée par Edmund Dene Morel (écrivain et homme politique britannique) et la Congo Reform Association ( association « défenseur » des droits des travailleurs indigènes de l’EIC fondé en 1904) a montré au monde entier l’atrocité des traitements des congolais causé par la politique de Léopold II de Belgique. Cette campagne anima les débats des cercles bruxellois « huppés ». Par la suite, Léopold II se retrouva contraint de céder l’EIC à Belgique, suite à la publication de photos exposant les exactions commis à l’EIC. Il transféra son autorité à la Chambre des députés en 1908. L’EIC devint donc le Congo Belge.

La même année, la charte coloniale est ratifié , notamment, l’Article 2 autour de la question du travail forcé qui est tout simplement interdit. A la mort de Léopold II , c’est Albert Ier qui lui succède en tant que roi des Belges. La Belgique s’attela donc à s’éloigner le plus possible du Congo de Léopold II tout en gardant son organisation administratif. Le ministère des colonies fut mis en place pour gérer le Congo Belge, il fut confié à Jules Renkin.

L’organisation d’une colonie

L ‘administration

Au sein du territoire congolais, il y avait trois puissances majeures : l’administration coloniale, les missionnaires catholiques pour l’éducation et les grandes entreprises venues exploitées les richesses du Congo. Le pouvoir administratif se concentrait à Boma ( capitale du Congo belge jusqu’en 1929 où Léopoldville lui succède) dans la province du Bas-Congo devenue Kongo-Central en 2015. Un gouverneur général secondé de deux vice-gouverneurs ( Katanga, province Orientale)gérait la colonie. La Force publique était assurée par la police coloniale et l’armée territoriale. Bien évidemment, le parlement belge avait tout pouvoir sur la colonie

L’Urbanisation coloniale

La construction du visage urbain de la colonie est divisée en deux : les villes européennes et les cités indigènes. Elles sont séparées par un cordon sanitaire de 500 mètres environs, du moins sur le papier. Dans les grandes villes comme Elisabethville (Lubumbashi) les noirs sont refoulés dans les banlieues. C’est donc bien une construction ségrégationniste qui est adopté avec centre-ville blanc. Ce schéma a été imaginé par René Schoentjes dans Schéma pour une ville congolaise en 1933.

Schéma pour une ville congolaise de l’architecte René Schoentjes, 1933

En effet, dans les années 1920 et les années 1930, les quartiers noirs sont rasés et les populations sont renvoyés dans les zones reculées des villes au profit d’un centre urbain blanc. La ville d’Elisabethville est l’exemple parfait de cette volonté coloniale d’affirmer sa domination par l’espace urbain. Dans cette dernière, les noirs sont envoyés dans la commune de Kamalondo. Un couvre-feu pour les populations noires est imposé entre 21h et 4h du matin. Par conséquent, les travailleurs noirs devaient une fois le journée de travail à rallonge terminée, rentrer immédiatement chez eux. Des hommes et de femmes qui constituaient la main-d’œuvre de l’administration coloniale , du domestique (Boy) au mineur en passant par l’artisan.

La construction de ces villes se faisait par le concours d’entreprises coloniales comme l’UMAHK ( Union Minière du Haut Katanga). Elles deviennent la priorité de l’administration coloniale après la Seconde guerre mondiale dans un soucis de redoré le blason du pouvoir mis à mal durant la guerre. C’est donc l’Office des Cités africaines qui a pris le relai (OCA).

Exploitation ? Non, travail à pas forcé !

Congolais exploités dans les plantations d’hévéas. Images 2 & 3 : Mines du Katanga .

Pour faire oublier l’atrocité du travail forcé sous l’ère léopoldienne, la culture du caoutchouc est remplacée par la culture du coton, de l’huile de palme et la culture des hévéas, composite du caoutchouc. Cette arrêt du travail forcé n’était que de surface puisque de nombreux congolais sont contraint de travailler dans les plantations et mines pour une bouchée de pain ( 10 à 15 francs par mois).. Des travailleurs venus de colonies voisines(Angola & Rhodésie du nord) complétaient la main d’œuvre déjà sur place. Les travailleurs mouraient principalement de pneumonie, grippe, d’épuisement ou encore d’éboulements. Le nombre de morts était de plus en plus nombreux et cela causa une grande crise.

Cette crise poussa l’administration coloniale à imposer des restriction de recrutement et en 1933, décret limitant travail forcé dans les plantations à 60 jours est publié. Le Krach boursier de 1929 ( le fameux jeudi noir de Wall Street) est aussi l’une des raison de la publication de ce décret. Il eut également pour conséquence la baisse des exportation qui influèrent sur la diminution progressif du besoin de main d’œuvre dans les mines et les plantations.

Deux Guerres mondiales, victoires amers

Les deux guerres mondiales ont été des coups durs pour la Belgique. Même si elle a toujours fini par être du côté des vainqueurs, elle a aussi toujours subi l’occupation allemande sur son sol.

Congo : le dernier bastion belge

Dès la première année de la Première guerre mondiale, la Belgique est occupée par les forces allemandes, le gouvernement réduit se repli en France d’où elle tente de maintenir le contrôle sur le Congo Belge. Le ministère des colonies est tout simplement fermé ainsi que celui des Affaires étrangères et celui de l’Intérieur par les allemands.

Image 1 : La Force Publique congolaise . Images 2 & 3 : Congolais durant la Première Guerre Mondiale.

Au sein de la colonie, le gouverneur général Félix Fuchs tente d’appliquer les directives du gouvernement replié. Le 30 Juillet 1914 , un télégramme est envoyé à Fuchs de la part de Renkin :  » Prenez toutes les mesures nécessaires pour sauvegarder la neutralité de la Belgique, assurez la surveillance de l’embouchure du Congo« . Le 6 Août, le feu vert est donné aux forces navales pour qu’elles prêtent mains fortes aux forces britanniques et françaises. Le 15 Août de la même année, le Congo Belge entame une campagne militaire contre les forces allemandes au Ruanda-Urundi. Les campagnes militaires se poursuivit comme celle de Rhodésie du Nord au côté des forces britanniques ou encore celle au Cameroun au côté des forces françaises.

Cette guerre fut complexe pour la colonie belge qui perdit énormément que ce soit en terme d’hommes que de matériels de guerre. Le Congo belge a payé un lourd tribu durant cette guerre.

Une lourde perte que l’historiographie belge n’a pas pensé juste de retranscrit complètement. Par conséquent, les informations disponibles sur le sujet sont disparates que ce soit en Europe ou en RDC. La Fin de cette guerre sonne la défaite allemande et l’acquisition de la Belgique du Ruanda-Urundi ( Rwanda et Burundi) qui est sous mandat belge jusqu’en 1962.

Un Bis Repetita

La Seconde Guerre Mondiale sonne pour la Belgique comme un bis repetita, elle est occupée dès 1940. Leopold III, roi des Belges fut fait prisonnier, il perdit donc tout pouvoir sur la Belgique et le Congo.

Congolais durant la Seconde Guerre Mondiale

Pendant ce temps-là, au Congo belge, Pierre Ryckmans, alors gouverneur général, décide avec les officiers d’Afrique de continuer la lutte mais cela n’est pas possible sans une coordination avec le pouvoir britannique. C’est pourquoi, Albert de Vleeschauwer ( ministre des colonies) se rend à Londres pour s’entretenir avec Winston Churchill. Il en profite pour entrer en contact avec ce qui restait du gouvernement belge qui s’est encore une fois réfugié en France. Ce gouvernement se limitait à deux personnes : le Premier ministre, Hubert Pierlot et le ministre des Affaires étrangères, Paul-Henri Spaak. Ils avaient la main mise sur le Congo Belge.

La colonie dû encore une fois s’atteler dans un effort de guerre qui décima sa population. L’une des campagnes fut celle en Abyssinie contre l’Italie. L’effort de guerre se sentit également dans le travail forcé dans les plantations d’hévéas nécessaire pour fournir le caoutchouc aux Alliés. Cette guerre fut l’expression extrême de la manipulation belge sur la population congolaise. Une population qui a légitimé la campagne d’Abyssinie comme un acte de défense. Une légitimité difficilement applicable aux campagnes menées en Egypte, Birmanie et au Japon.

Cette guerre a eu des conséquences que l’administration coloniale n’avait pas imaginé. La contestation commençait à se sentir dans la population congolaise qui d’année en année rêvait d’indépendance.

Les prémices d’une révolte : La perte de prestige

Revue mensuelle congolaise (1945-1959). Rédacteur en chef : Antoine-Roger Bolamba sous le patronage de Jean-Marie Domont

La Seconde guerre mondiale a sonné le glas du prestige belge au Congo. En effet, les défaites et occupations des deux guerres ont fini par ouvrir les yeux des congolais sur leur colonisateur. Les révoltes sont de plus en plus fréquent comme en 1941 à Elisabethville ou encore 1944 à Masisi avec l’insurrection des Kumu. Un peuple qui veut tout simplement l’indépendance du Congo face au colonisateur belge. Les évènements se sont très vite enchaînés, les grèves à Matadi du 24 et 25 Novembres ont donné le  » la » d’une révolte qui obligea le pouvoir belge à se pencher sur une éventuelle indépendance.

L’élite congolais et les « les évolués » ( ont intériorisé les codes de la société européenne par l’éducation ou tout simplement par assimilation ) sont à l’origine, tout d’abord, de la publication d’un manifeste à Luluabourg ( Kananga). A travers ce manifeste, ils revendiquèrent la reconnaissance de droits spécifiques aux évolués. Ensuite, l’année qui suivit deux journaux furent créés : La Voix du Congolais et La Croix du Congo. Des journaux qui ont eu une place majeure dans la propagation des idées de l’élite congolaise.

Dans la même période, la Belgique signe à la fin de la guerre la charte de l’ONU sur l’autodétermination des peuples mais refuse comme d’autres puissances coloniales de lâcher ses colonies. La raison est simple, elles sont la source d’énormément de richesses que la Belgique ne peut pas laisser filer ainsi.

Joseph Kasa-Vubu, homme politique congolais.

Les mouvements contestataires se font de plus en plus nombreux et sont plus ou mois violent. En 1946, Joseph Kasa-Vubu fondateur de l’ABAKO quelques années plus tard, prononce l’un de ses discours les plus célèbres intitulé « Le droit du premier occupant ». Toutes ces actions poussa l’administration coloniale a autorisé aux « évolués » de Léopoldville de s’organiser en confédération  » générale des syndicats indigènes ».

L’administration coloniale vacille mais ne tombe pas encore. Elle vacille tellement qu’en 1955, Jef Van Bilsen publie le Plan de Trente ans pour l’émancipation politique de l’Afrique Belge qui privilégie l’émancipation progressive de la colonie belge. Le but de la manœuvre est de créer une élite congolaise « pouvant remplacer les cadres belges ». Vous vous doutez bien que cela n’a pas plu que ce soit aux « évolués » qu’à l’élite belge.

Les années 1950 sonnèrent la fin de la colonie belge par l’émergence de mouvements nationalistes de plus en plus déterminé …

A bientôt.

Queenyy.