Islamo-gauchisme, séparatisme : mythe ou réalité ?

Alors que l’islamo-gauchisme est devenu l’ennemi de la République et le séparatisme est érigé en porte-drapeau de la lutte contre le communautarisme et l’islamisme par une partie de la classe politique ainsi que par le gouvernement et les médias, nous allons nous demander, si ces concepts correspondent à des réalités françaises ou bien à des mythes trompes l’œil d’une triple crise française.

Islamo-gauchisme, origine d’un mythe ? :

Depuis quelques mois, on entend parler d’islamo-gauchisme à tout va, de rapprochement entre les partis de la gauche avec des islamistes dans tous les médias ou presque , par le gouvernement mais qu’en est-t-il réellement ? De quoi parle-t-on ?

Pierre-André Taguieff

L’islamo-gauchisme correspond un néologisme que l’on doit entre autre au politologue et historien des idées, Pierre – André Taguieff qui a participé à sa conceptualisation dans les années 2000. Un néologisme qui suppose une proximité entre des idéologies et partis de gauche avec des milieux dits « islamistes ». Un terme popularisé par l’extrême-droite utilisé par une grande partie de la classe politique et suscite la polémique dans le milieu universitaire.

En effet, lors de la polémique provoquée par Frédérique Vidal, ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, autour de l’islamo-gauchisme à l’université, les universitaires ont fustigé une atteinte à leur liberté académique et de recherche.

La réponse de la Conférence des Présidents des Universités ( CPU) ne se fait pas attendre (le 16 Février) et rappelle avec ardeur que «  l’islamo-gauchisme » n’est pas un concept mais une invention de l’extrême-droite. Elle insiste également sur le fait que « l’université n’est pas la matrice de l’extrémisme, ni un lieu où l’on confondrait émancipation et endoctrinement » et regrette la confusion « entre ce qui relève de la liberté académique , de la liberté de recherche […] de ce qui relève d’éventuelles fautes ou d’infractions ».

Ce qui rappelle que ce concept promu par l’exécutif ne correspond à aucune réalité sociologique mais bien à des idéologies extrémistes stigmatisantes.

Les causes d’un débat irréel :

Emmanuel Macron lors de l’allocution 14 Juin 2020

Ce débat autour de l’islamo-gauchisme englobant celui sur le séparatisme a éclaté suite à l’allocution du Président de la République, Emmanuel Macron, le 14 Juin 2020 intervenant 24 heures après la manifestation contre les violences policières organisée notamment par le Comité Vérité pour Adama, avec en première ligne Assa Traoré.

Rappelons qu’il y a eu, une manifestation historique le 2 Juin 2020 suite à l’assassinat de Georges Floyd par des policiers aux Etats-Unis, faisant écho aux crimes et violences commis par des policiers en France dont la mort d’Adama Traoré en 2016 en région parisienne.

Cela a donné lieu à un questionnement sur la France et son histoire coloniale , le racisme , les violences policières et une mise en lumière des antiracistes.

Le tout ayant mené à ce que le Président de la république prenne la parole à 20 heures, ce fameux Dimanche 14 Juin 2020 pour condamner « racisme de façon incontestable » avant de rappeler que « la lutte contre le racisme ne devait pas servir le communautarisme, le séparatisme, le différentialisme ».

Les mots sont clairs, le séparatisme est posé sur la table. Le communautarisme est nommé comme ennemi de la république, le rapprochement entre mouvement antiraciste et séparatisme est fait .

Les choses s’enchaînent très rapidement par la suite de la dissolution d’association comme BarakaCity à l’annonce d’un projet de loi pour conforter la laïcité et les principes de la république ( la loi sur le séparatisme).

À quoi correspond le séparatisme ?

Le séparatisme correspond à une volonté de séparation politique ou d’autonomie entre une région ou une population avec des idéaux communs , et l’État auquel elle appartient.

Un projet de loi problématique

Cette loi qui a pour but de lutter contre le séparatisme est le prétexte idéal pour pointer du doigt une énième fois la communauté musulmane en France :

Fermeture de mosquées, signature de la « charte des principes » de l’Islam, débat sur le port du voile (encore), des sorties médiatiques scandaleuses d‘Éric Zemmour entre autre, débat à l’assemblée sur le port du voile lors des sorties scolaires. L’Islam et les musulmans occupent 90% de l’espace médiatique, des sorties médiatiques des politiques alors que la France se trouve dans une triple crise sans précédente, que sa jeunesse est dans une détresse sans nom.

Mélanie Luce, présidente de l’UNEF lors d’une manifestation

De plus, des associations emblématiques de gauche comme l’Unef se retrouve dans la tourmente, accusée d’être islamiste et islamo-gauchiste, pourquoi ? Uniquement parce qu’elle a reconnu organiser des réunion en non-mixité sur les questions raciales. Ce qui n’a rien d’extraordinaire.
Une révélation qui a suscité un tel scandale qu’une partie de la gauche s’est désolidarisée de l’association en se disant être en désaccord avec cette manière d’agir.

Scandale dont le Sénat étudiant alors la loi sur le séparatisme s’est emparé pour mettre sur pied l’Amendement UNEF. Amendement voté à l’unanimité, le 1er Avril 2021, donnant la possibilité, à l’exécutif, de dissoudre une association qui organiserait ce type de réunions. Même si le texte a été très critiqué par les communistes et les écologistes, il n’a reçu aucun vote contre.

Islamo-gauchisme , maccarthysme à la française ou trompe-l’œil ?

Maccarthysme à la française :

Au regard de cette année 2020 et de cette première partie de 2021 placées sous le signe de la lutte contre un ennemi de l’intérieur correspondant à un imaginaire de l’extrême-droite, étant islamo-gauchiste, séparatiste et musulman, on peut se demander si la France ne tomberait pas dans un certain Maccarthysme.

En effet, cette loi contre le séparatisme sonne comme une chasse aux sorcières d’un ennemi invisible correspondant à des concepts fallacieux et promus par les extrêmes.

Défendre la communauté musulmane, être antiraciste , être musulman, être de gauche deviennent progressivement les caractéristiques idéales pour être dans la ligne de mire de l’exécutif, les associations se sentent épiées et la liberté de cultes est en danger tant l’exécutif veut contrôler les dogmes religieux.

L’Islam est tourné dans tous les sens devenant le synonyme du danger pour la république oubliant qu’il s’agit d’une religion.

L’islamo-gauchisme comme trompe-l’œil :

Le gouvernement penche progressivement vers un extrémisme dangereux et tombe dans un laïcisme pointant du doigt une partie de la population française comme des pestiférées leur interdisant l’accès à certaines activités, encadrant même la teneur des sermons alors que la France est un pays laïc.

Cette mise en avant du projet de lois et cette focalisation sur la communauté musulmane semble être des trompes-l’œil face à la triple crise ( sanitaire , économique et sociale) que vit la France depuis le début de la pandémie. Effectivement, le gouvernement a beaucoup de mal à se sortir de cette crise sanitaire depuis plus d’un an, fait face à une crise économique sans précédent en France ainsi qu’à des français sous tension. Le débat autour de l’islamo-gauchisme sonne comme une bouffée d’air dans cette atmosphère asphyxiante.

L’autre élément non négligeable est l’agenda politique : les élections présidentielles sont dans moins d’une année. Comme depuis plus de vingt ans, à l’approche des élections présidentielles l’exécutif met l’accent sur le volet sécuritaire, ressort le débat sur la compatibilité entre l’Islam et la république, pointe du doigt les musulmans de France.

Cette fois-ci, c’est bien par le biais de l’islamo-gauchisme et le débat sur le séparatisme que tout cela est fait.

L’islamo-gauchisme ne correspondant à aucune réalité scientifique sonne comme une invention de l’extrême-droite que l’exécutif a embrassé pour servir ses intérêts au détriment des français. En ce qui concerne la séparatisme, malgré son existence conceptuel, il ne correspond à aucune réalité en France et semble être le prétexte choisi par l’exécutif pour avoir la main mise sur les mouvements antiracistes, la gauche et la communauté musulmane en France au nom du respect du pacte républicain.

Queen SUNDA PEDRO .

Féminicides : Bourreaux & quête de reconnaissance

En 2019 , le nombre de femmes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint se sont accrues dépassant le triste bilan de 2018, étant de 108 femmes. Atteignant le triste record de 152 femmes, tuées par leur conjoint ou ex-conjoint. À l’heure où j’écris ces mots, nous sommes à 93 femmes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint, depuis le 1er Janvier 2020. Pour qualifier ce type d’homicide, le terme de « féminicide » est de plus en plus employé. Un terme qui n’est pas encore reconnu par la loi française… Les associations de lutte contre les violences faites aux femmes se multiplient et on en parle enfin ! Nous nous y sommes intéressées, tout d’abord, parce que la cadence de ces fémicides se sont accélérées comme si, 2019 était un TGV de la violence qu’on ne peut arrêter… Puis, c’est aussi le double discours de nos institutions face à ces femmes en détresse qui nous a laissé perplexe et enfin, c’est bien l’engouement médiatique autour de sujet qui a attiré notre attention. Avant d’évoquer les problématiques entourant la féminicide, il est important de comprendre que signifie le terme « féminicide » et ce qu’il englobe.

Dans un premier temps, il s’agirait d’un terme utilisé au XIXeme siècle qui a été popularisé dans les années 1980. Un feminicide désigne donc le meurtre d’une femme en raison de sa condition de femme, généralement pour désigner ce genre de crime, nous parlons d’homicide. Ce terme générique désigne le meurtre d’une personne humaine.

En 1992, Diana Russell, Sociologue et féministe, définie le féminicide comme un meurtre de femme parce qu’elle est une femme (« politics of Killing woman« ). En d’autres termes, cela découlerait d’une haine viscérale des femmes qui mènerait au meurtre. Ensuite, il faut prendre en compte la société profondément masculine voire misogyne dans laquelle nous vivons, où les violences contre les femmes sont ancrées, répandues et banalisées depuis le moyen-âge.

Dans nos sociétés faites autour de l’homme, pour l’homme, les violences masculines contre les femmes sont nombreuses et banalisées. Cette banalisation est visible dans de nombreux pays du monde comme la Chine, où avant l’abandon de la politique de l’enfant unique, les bébés filles étaient tuées. On peut également prendre en exemple d’autres pays comme la Cisjordanie où le crime d’honneur est très répandu.

Pour terminer cette définition, il faut dire qu’en France , tous les deux jours une femme meurt sous les coups de son conjoint, une proportion qui peu à peu s’amenuise… Ces crimes sont reconnus comme crimes passionnels par l’Etat ou encore comme « drames familiaux ». Leur caractère particulier semble être plongé dans une masse difforme …

Le bourreau et ses tourments

Après des recherches approfondies sur le comportement de ses hommes, nous avons compris que cela est plus complexe que ce que nous pensions… Cela nous a permis de mettre en exergue deux causes majeures : une agressivité masculine dont la gérance serait complexe et les différentes formes de jalousie.

En ce qui concerne la première cause permet d’identifier plusieurs types de bourreaux. Tout d’abord, l’agressif qui cherche à faire souffrir l’autre à tout prix alors que le violent se désintéresse complètement de l’autre. Puis, nous avons l’impulsif et le compulsif qui sont diamétralement opposés ! En effet, l’impulsif agit dans un moment de colère alors que le compulsif agit selon l’instinct et à conscience de son acte morbide. Ensuite, il y a le psychopathe qui constitue une catégorie puisqu’il suit ses besoins sans penser à l’autre. En d’autres termes, il laisse son imaginaire prendre le pas sur le réel et se laisse submerger par tout cela jusqu’à commettre l’irréparable. Pour le psychanalyste américain, René Spitz, le psychopathe a un manque d’affection immense provenant de son enfance. Il est donc plus enclin à reproduire une violence subit dans son enfance. Dans ce raisonnement, on peut dire que l’individu agit en reproduction d’une situation lui paraissant normale puisque l’ayant acquis comme tel. Enfin, il y a le sadique et psychotique qui s’oppose. Le sadique agit ainsi parce que cela crée en lui une certaine excitation. Il a la volonté de jouir pleinement du pouvoir qu’il exerce sur l’autre. Quant au psychotique, lui, suit un raisonnement basé sur des pensées délirantes ou encore des hallucinations.

Pour la seconde cause, Willy Pasini , psychiatre et sexologue italien , identifie sept types de jalousie criminelle qui peuvent conduire au féminicide : l’honneur, l’orgueil, la rage, la possessivité, la rivalité, la solitude et la réactivation de l’Oedipe.

Dans un premier temps, la solitude, la possessivité et la réactivation du complexe d’Oedipe mettent en exergue deux causes à ces excès de jalousie : l’abandon et le besoin de posséder l’autre. Le sentiment d’abandon se trouver exacerbé dans la solitude et résulte d’une séparation douloureuse. Cette incompréhension qui rend le fait que la femme tant aimé puisse refaire sa vie ou vivre sans l’individu impossible mais surtout inconcevable. Il se retrouve donc dans une peine inconsolable qui peut le pousser à commettre l’irréparable. Le besoin de posséder l’autre se démontre par la possessivité et la réactivation du complexe d’Oedipe. En effet, le besoin de posséder l’autre et de ne jamais laisser quelqu’un d’autre l’approcher est un des excès dont résulte la possessivité. Lorsque l’individu sent l’autre lui échapper ou bien s’il pense qu’elle peut s’en aller à tout moment, séduire quelqu’un d’autre, il peut perdre tout contrôle et commettre un féminicide. Dans le cadre de la réactivation du complexe d’Oedipe , qui est le sursaut d’un souvenir douloureux d’enfance rappelant un sentiment d’abandon parentale qui survient lorsque l’on croise ou on aperçoit l’être tant aimée avec un autre, le besoin de posséder l’autre est visible et se transcrit dans le refus de la laisser refaire sa vie tandis que lui est seul. Il peut dans ce mélange de sentiment, totalement partir en roue libre et dans un excès de colère lié à une jalousie excessive, la tuer.

Dans un second temps, l’orgueil, la rage , l’honneur et la rivalité sont explicités par une cause majeure , le sentiment d’humiliation. Se sentir humilier, se sentir rabaisser, perdre l’amour d’un être cher , être quitté pour un autre, être trompé tout ceci peuvent nourrir un sentiment d’humiliation qui conduit à une réaction par sursaut d’orgueil , par rage, pour sauver son honneur ou pour essuyer un affront et tous mènent à un féminicide. Pour l’honneur, c’est le fait de ne pas supporter une tromperie, de réagir de manière disproportionnée et violente au fait d’être quitté ou à une humiliation publique. En ce qui concerne l’orgueil, il s’agit souvent de féminicides commis pour punir des femmes qui se refuseraient à l’individu, des refus perçus ncomme une défiance face au rôle de l’homme et à sa supposé domination sociale. Dans le cas de la rivalité , la femme est un trophée, une récompense , elle est déshumanisée, elle est le trophée d’une guerre que se livre deux hommes . Par conséquent, celui qui perd, peut commettre un féminicide pour empêcher à celui qui a gagné de jouir de « son trophée ». Quant à la rage , c’est une réaction instinctive résultant d’un choc insurmontable et par conséquent, il peut être le résultat d’une humiliation sans nom …

Tout ceci ne justifie en rien que tous les deux jours en France, une femme meurt sous les coups de son conjoint ou de son ex-conjoint. Cela permet juste de mieux appréhender les comportements que peuvent avoir ces bourreaux .

Le Féminicide et sa quête de reconnaissance

Le féminicide existait bien avant sa définition en 1992 par Diane Russell puisque depuis des siècles, les femmes sont tuées en raison de leur sexe. Malheureusement, les exemples ne manquent pas, de l’assassinat des sœurs Mirabal dans les années 1960 aux disparitions des femmes de Ciudad Juarèz en 1993, toutes avaient pour unique point commun le fait d’être des femmes.
Toutes ces affaires de plus en plus graves et médiatisées poussent l’ONU à adopter un texte sur les violences contre les femmes et à prendre comme Journée Internationale de la lutte contre les violences faites aux femmes, le 25 Novembre, jour de la mort tragique des sœurs Mirabal .
En 1994, la convention de Belèm Do Para a lieu au Brésil et a pour sujet « l’élimination de la violence contre les femmes ». Trente-trois États signent la convention mais rien ne change de manière significatif.
Les années 2000 et 2010 marquent un tournant dans la lutte contre les violences faites aux femmes et pour la reconnaissance des féminicides comme tels. En effet en 2010, l’ONU des femmes voit le jour et à peine deux ans plus tard, le féminicide est reconnu comme « un concept-outil permettant de sensibiliser l’opinion publique internationale et par la même occasion, permettre une prise de conscience collective ».
En France, c’est en 2014 que le terme est reconnu par la Commission générale de terminologie et de néologie mais pas par la justice…

En 2019, plus précisément du 8 Juillet au 3 Septembre 2019, le gouvernement français a ouvert le Grenelle des violences conjugales pour y faire émerger les solutions et moyens pour lutter efficacement contre les féminicides en France. Le 25 Novembre 2019, Edouard Philippe alors Premier Ministre, a dévoilé en ce jour symbolique , les propositions retenues lors du Grenelle. Forcée de constater la déception des associations, notamment, sur le budget qu’elles jugent insuffisant. En effet, les associations comme #Noustoutes, réclamaient que le gouvernement consacre un milliard d’euros pour lutter efficacement contre les violences faites aux femmes en France. Or l’Etat n’a débloqué que 360 millions d’euros à cette lutte.

2019, l’année de la médiatisation massive, de la conscientisation et de la lutte contre les féminicides…. Voilà comment les médias parlent de l’an passé mais dans les faits c’est un peu plus complexe. Puisque même si la mobilisation a été important, en témoigne la Marche contre les violences faites aux femmes du 23 Novembre 2019, il faut constater que plus de 150 femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint ou leur ex-conjoint. L’action gouvernement reste insuffisante et la formation des forces de l’ordre à ce genre de situation également. Le rapport du Grenelle, un an après, rendu public par la Fondation des femmes en est la preuve.

En effet, la Fondation des femmes est claire, le bilan du Grenelle des violences conjugales est mitigé . Seules les mesures les moins coûteuses et demandant le moins d’effort ont été mises en place, soit 30 % des mesures, celles demandant un travail et du financement conséquent ont été mis de côté pour l’instant. Cela pose problème puisqu’en période de crise sanitaire et de confinement, le manque d’hébergements spécialisés semblable à la Maison des femmes de Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis, se fait sentir et de nombreuses femmes n’ont pas accès à une aide suffisante.
Cette pandémie, a également mis en exergue un angle mort du Grenelle, les familles et enfants des victimes qui n’ont pas été pris en compte lors des débats.

Du côté du gouvernement, il nuance ce rapport et met en avant les points positives et les avancées qui ont eu lieu en 2020.
Effectivement, selon Isabelle Rome, coordinatrice de la lutte contre les violences conjugales au sein du ministère de la justice, il y a une « baisse sensible des homicides malgré la hausse des violences conjugales » . Elle met en avant le fait que les dispositifs mis en place pour lutter contre les violences faites aux femmes comme la plateforme « arretonslesviolences.gouv.fr » ou encore le téléphone grave danger, ont été plus utilisés. En d’autres termes, les signalements de violences conjugales se sont accrues de 15% pour la plateforme et plus de 1 200 téléphones ont été distribués.
En ce qui concerne le grenelle, Isabelle Rome précise qu« un certain nombre de mesures issues du Grenelle […] sont toutes en train d’être mises en place »

En 2020, 93 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint mais il faut nuancer cette baisse qui peut être l’arbre qui cache la forêt. En effet, cette année de pandémie mondiale où le confinement était la norme de nombreuses femmes ont été enfermés avec leur bourreau sans pouvoir agir ou fuir . L’augmentation des signalements devrait d’une part inquiéter puisque cela peut être le signe que les violences conjugales ce sont accrues durant les confinements mais d’autre part, être le signe d’une parole qui se libère. Les victimes sont plus promptes à demander de l’aide et cela est bien le reflet d’une démocratisation de la lutte contre les violentes faites aux femmes.

Queen.

L’article 24 : Celle qui a allumé la mèche …

La loi #SecuriteGlobale est une loi concernant la sécurité globale du territoire et de ceux censés protégés les français mais les articles 21, 22 & 24 posent problème ….

L’article qui a déclenché la colère des journalistes et les mises en garde de la Défenseure des droits, c’est bien l’article 24. 

L’article 24

Extrait de loi : Article 24 de la proposition de loi : « Est puni d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende le fait de diffuser, par quelque moyen que ce soit et quel qu’en soit le support, dans le but qu’il soit porté atteinte à son intégrité physique ou psychique, l’image du visage ou tout autre élément d’identification d’un fonctionnaire de la police nationale ou d’un militaire de la gendarmerie nationale lorsqu’il agit dans le cadre d’une opération de police. »

Vous avez bien lu , filmer un agent de police ou un gendarme peut être condamné à un an de prison, si la vidéo est jugée nuisible, préjudiciable… 

Or les vidéos concernant les forces de l’ordre, sont souvent accablantes et les mettent peu à leur avantage. Cela fait écho à toutes les vidéos dénonçant les violences policières, essentielles puisque sans elles, il n’y aurait pas de preuves. 

Par conséquent, cela laisse une certaine liberté aux policiers qui pourront mettre en garde à vue, poursuivre des personnes parce qu’ils pensent que les images captées peuvent leur nuire. Cela pose un problème, celui de la liberté d’information des français qui peuvent se sentir museler et ne plus filmer aucun agent de police ou gendarme par peur de représailles. 

La Défenseure des droits, Claire hédon, a publié un communiqué de Presse sur la proposition de loi « Sécurité Globale » , le 5 Novembre dernier. Communiqué de Presse où elle exprime ses inquiétudes sur l’ensemble de la loi notamment l’article 24. Elle craint que la liberté de la presse et le droit d’informer ne soient entravés par cette loi et a donc rappelé : « l’importance du caractère public de l’action des forces de sécurité et considère que l’information du public et la publication d’images relatives aux interventions de police sont légitimes et nécessaires au fonctionnement démocratique, comme à l’exercice de ses propres missions de contrôle du comportement des forces de sécurité ». 

En d’autres termes, elle craint que la population se retrouve muselée et ne puisse exercer son droit de contrôle sur les forces de l’ordre, ce qui est normalement le cas en démocratie. 

Il ne faut jamais oublier qu’en France, le peuple est souverain, ce qui veut dire que la police travaille pour protéger le peuple et non pour le museler . 

Dès que les journalistes ont eu connaissance de la proposition de loi, ils sont directement montés aux créneaux pour la dénoncer .

La gronde des journalistes

Ils craignent que la police se serve de cette loi pour les museler et entraver leur droit d’informer et leurs libertés en tant que journalistes : par des gardes à vues ou des tabassages comme on peut le voir depuis quelques temps lors de manifestations. 

En effet, les incidents entre les journalistes et les forces de l’ordre en manifestations ne manquent pas . Des journalistes comme Taha Bouhafs sont souvent la cible de certains forces de l’ordre pour leur captation d’images lors de manifestations, rarement à l’avantage de ces derniers.

Pour mener la lutte, une mobilisation a pris forme autour de cette contestation contre cet article et la loi en générale . Une première manifestation a eu lieu le 17 Novembre, devant l’Assemblée nationale. Une manifestation très suivie durant laquelle sept journalistes ont été violentés et empêchés d’exercer pleinement leur métier. D’ailleurs Hannah Nelson, photojournaliste, a été placée en garde à vue avant d’être relâchée avec un rappel à l’ordre quelques heures plus tard

Des journaux tels que Médiapart ou Libération ont dénoncé le caractère liberticide de cet article et de la loi dans son ensemble. 

Suite à la tournure que prenait cette mobilisation, le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, a reçu le 23 Novembre , une délégation de la coordination contre la loi sécurité globale . La rencontre n’a pas été concluante et la délégation a quitté le bureau du ministre de l’Intérieur moins d’une heure après y être entrée. Elle explique que le ministre de l’Intérieur a refusé de répondre à leurs questions et a préféré détourner le sujet. La délégation a donc appelé à manifester, ce samedi 28 Novembre, dans toute la France et refuse catégoriquement de rétablir le dialogue face à tant de mépris.

Le ministère de l’Intérieur a donc choisi comme interlocuteur Reporters Sans Frontières (RSF). Sauf qu’entre l’ONG et une partie des journalistes la fracture est nette. En effet, de nombreux journalistes  de terrains leur reproche de ne pas avoir réagi lorsqu’ils ont été maltraités par les forces de l’ordre. Ce choix ne passe pas . 

      Le ministre de l’Intérieur affirme que la loi ne viendra en rien gêner le travail des journalistes et respectera la liberté de la presse . 

Il est effectivement précisé dans l’article 24, ceci : « L’article 35 quinquies de la loi du 28 juillet 1881 sur la liberté de la presse ne font pas obstacle à la communication, aux autorités administratives et judiciaires compétentes, dans le cadre des procédures qu’elles diligentent, d’images et éléments d’identification d’un fonctionnaire de la police nationale ou d’un militaire de la gendarmerie nationale ».

Cette affirmation nie la réalité de faits et des manifestations en France. La liberté de la presse est bien en danger avec cette loi vu le comportement des forces de l’ordre envers les journalistes. Les incidents à Place de la République, ce 23 Novembre dont l’agression du journaliste Rémy Buisine par les Forces de l’ordre viennent confirmer la dangerosité d’une telle loi pour les citoyens et les journalistes.

L’exécutif nie, refuse de voir l’évidence :  il y a un problème avec l’institution policière.  Au contraire, il accable la population, tente de protéger la police mais ne fait que renforcer le corporatisme et ne lutte pas contre le mal qui ronge la police, le racisme. 

Cette fin de semaine a été riche en rebondissements entre le Premier ministre qui annonce la mise en place d’une commission pour réécrire le texte, une enquête de Loopsider sur une énième violence policière et un  ministre de l’Intérieur qui affirme devant des millions de français dans le JT de France 2 que Rémy Buisine a refusé de répondre aux questions de l’IGPN, ce que le journaliste a réfuté sur Twitter quelques minutes     après. Ce fut, une fin de semaine riche en émotions et cela est loin d’être finie .. 

Cette loi cristallise les tensions d’une société fracturée qui a peur pour ses libertés et qui n’a plus confiance en ceux qui nous dirigent et en ceux qui nous « protègent » .

Queen .

Le cyberharcèlement, fer de lance de la négrophobie : Le cas de Khodia Cissé

Depuis quelques semaines, Khodia Cissé, militante antiraciste subit un harcèlement sur les réseaux sociaux particulièrement twitter. 

La cause ? 

La diffusion d’une vidéo dans laquelle une jeune femme maghrébine tient des propos négrophobes. 

Pour mieux comprendre la situation dont Khodia Cissé est victime, il faut remonter à la source de son harcèlement. 

Tout d’abord, qui est Khodia Cissé ?

Photo de Khodia Cissé ( issue de son instagram)

Khodia Cissé est une militante antiraciste, féministe qui se bat contre les violences policières. Elle est très présente sur les réseaux sociaux, notamment sur twitter, où elle dénonce la négrophobie très présente au sein des communauté racisées. 

 Subissant du cyberharcèlement et après avoir pris conscience du fléau que cela représentait, particulièrement pour les femmes, elle a décidé de créer un compte pour lutter contre le cyberharcèlement. Le but de ce compte est de signaler en masse les propos problématiques, misogynes et sexistes que de nombreuses femmes subissent.  

Dès lors, son cyberharcèlement a pris beaucoup plus d’ampleur. 

Son action sur Twitter s’axe sur la dénonciation des comportements, propos négrophobes, misogynes et sexistes d’individus ou de groupes d’individus, notamment, celui du “FC Drapeaux”.

Qui sont ces twittos que les utilisateurs de Twitter ont surnommé le « FC Drapeau » ?

Bassem Braïki

 Il s’agit, d’une communauté de Twittos abonnés et adhérents à la pensée misogyne, sexiste, homophobe et négrophobe de Bassem Braïki, un snapchatteur controversé originaire de la région lyonnaise. 

Une communauté qui attaque avec ferveur chaque personne qui tente de remettre en cause leurs idéaux ainsi que les personnes maghrébines qui sont en relation avec des personnes noires. Elle rejette la mixité. 

Khodia Cissé, nous a confié lors de notre échange, être agressée par cette communauté depuis un moment et les récents événements, n’ont rien arrangé . 

La semaine où tout a basculé 

                 Tout d’abord, la semaine du 6 juillet, elle publie la vidéo d’une jeune femme maghrébine qui se revendique négrophobe. Dans son tweet, Khodia Cissé, dénonce ce comportement mais cela n’a pas plu à tout le monde…  

Puis, le Samedi 11 juillet, vers 13h30, elle reçoit un appel anonyme d’une personne tentant de l’intimider . Elle reçoit dans la journée, plusieurs appels du même type. Ensuite, en début de soirée vers 18h-19h, elle commence à recevoir des messages à caractère sexuel, des personnes lui envoyer des photos de leur sexe. 

Khodia Cissé était dans l’incompréhension jusqu’à ce qu’elle  se rende compte que la milice de Bassem avait dévoilé sur les réseaux sociaux son numéro de téléphone, des photos d’elle  ainsi que son ancien adresse. Le “FC drapeau” a fait de même sur des sites en tout genre comme « Le bon coin » avec des fausses annonces. 

Son téléphone n’arrêtait pas de sonner. 

De plus, elle a reçu un message d’un homme qui lui dit avoir frappé chez elle sans succès. Heureusement qu’il s’agissait d’une ancienne adresse…  

Elle nous a confié, qu’au-delà de leur négrophobie; » il s’agit d’une attaque personnelle », ils n’hésitent pas à la mettre en danger. 

Le lendemain de ces appels, elle s’est rendu au poste de police pour porter plainte. Les policiers l’ont renvoyé vers une institution gérant les plaintes pour cyberharcèlement puisque ne maîtrisant pas totalement les réseaux sociaux tels que Twitter.

Elle est déterminée à engager des poursuites à l’encontre de ses personnes, elle vient d’ailleurs de mettre en place une cagnotte pour les frais de justice. 

Analyse : 

       Deux choses se dégagent de ce sujet : la négrophobie présente dans la communauté maghrébine ainsi que la cible constante que constitue les femmes noires. 

Pour le premier point, cette affaire exprime ce que de nombreuses personnes noires subissent au quotidien : une sorte de négrophobie ordinaire, culturelle transmise de génération en génération. Une négrophobie découlant d’une histoire complexe de domination entre noirs et arabes qui se matérialise aujourd’hui par des préjugés. Des préjugés que de nombreuses figures controversées de la communauté maghrébine telles que Bassem Braïki exacerbe  à travers des vidéos Youtube, des stories Instagram et plus encore. Leur cible favorite ? Les femmes maghrébines qui ne correspondent pas à leurs idéaux archaïques et qui de surcroît seraient en couple avec des hommes noirs. Elles sont insultées de toute part et subissent un réel harcèlement. 

En ce qui concerne les femmes noires, elles sont comme à chaque fois acculées lorsqu’elles osent dénoncer, pointer du doigt ce qui ne va pas. Comme à chaque fois les pires stratagèmes sont mis en place pour les déstabiliser, leur faire perdre pied et surtout les pousser à l’abandon. Il est intéressant de voir l’énergie que les négrophobes mettent pour discréditer une femme noire, faire de sa vie un enfer juste parce qu’elle dénonce des agissements abominables. Le but est simple pousser la masse à détourner le regard, à se concentrer sur l’instant et non sur l’origine des choses. Twitter est le réseau social où ce mécanisme est le plus visible et palpable. Un réseau social où chaque soir, il y un nouveau “scandale”, un nouvel “accusé”, une nouvelle “victime”.

 Certains parlent du “Tribunal Twitter”, nous préférons parler d’exacerbation de la réalité. Selon notre analyse, Twitter n’est que le reflet 2.0 de notre société avec ses excès .

L’équipe Trustmag.