À la suite du second tour des élections municipales anticipées du 2 février, la liste menée par le candidat LFI Louis Boyard n’a pas su l’emporter, obtenant 38,75 % des voix contre 49 % en faveur de la candidate LR Kristell Niasme.
C’est donc une défaite pour le candidat LFI, qui portait les espoirs du mouvement insoumis dans ces élections hors normes à Villeneuve-Saint-Georges. Les habitants de cette commune du Val-de-Marne ont été appelés aux urnes un an avant les municipales nationales, après la démission de plusieurs conseillers municipaux. La ville, qui compte 35 000 habitants, s’est retrouvée sous les projecteurs en raison des multiples déboires liés à son ancien maire divers droite, Philippe Gaudin. On parle de divisions au sein même de la majorité du conseil municipal, le maire sortant étant accusé de mauvaise gestion ainsi que d’accointances avec l’extrême droite. Le point de non-retour est atteint le 20 avril 2024 lorsque, en plein conseil municipal portant sur le budget de la ville, le maire exécute un salut nazi. L’élu évoque d’abord une boutade sans lien avec une appartenance aux idées nazies, puis il déclare avoir été poussé à bout par le harcèlement subi en séance par l’opposition, qui l’accuse d’avoir fait alliance avec l’extrême droite.

C’est donc dans ce contexte ultra tendu que sont organisées ces élections. Le maire sortant faisait face à son ancienne adjointe Kristell Niasme (LR), à Louis Boyard (LFI) et à Henry Daniel, représentant de la liste d’union de gauche. Pour le mouvement insoumis, c’était un tour d’essai avant l’heure dans cette ville traditionnellement ancrée à gauche, arrachée par la droite en 2020, mais où La France insoumise a été placée en tête lors des précédentes élections européennes, puis législatives. Ces résultats justifiaient une candidature en solo, sans les partenaires du NFP, qui avaient choisi de faire liste commune. Sur le papier, le député de 24 ans partait avec une avance face à une droite divisée et un maire sortant affaibli. Les résultats du premier tour confirment la stratégie des insoumis, qui arrivent en tête avec 24,89 %, devant la candidate LR et la gauche unie. À gauche, l’union est demandée par les candidats et les militants, mais faute d’accord sur une fusion des listes, Henry Daniel se retire, laissant la voie libre au candidat insoumis dans une triangulaire face au maire sortant et à la candidate LR.
Alors, comment expliquer cette défaite au second tour ? L’emballement médiatique autour de la commune la plus défavorisée du département, où le taux de pauvreté est estimé à 34 %, n’est pas sans lien avec la présence de la liste insoumise, décriée par certains commentateurs. Taxée de communautarisme ou encore de soutien au Hamas, la campagne menée par les candidats LFI fait débat. La victoire du premier tour sonne comme une validation du poids du mouvement au sein de la gauche. La liste « Dignité, fierté et solidarité », menée par Louis Boyard, réalise un bien meilleur score qu’aux municipales de 2020, où LFI n’avait pas réussi à se hisser au second tour avec seulement 10,08 % (+14 points en cinq ans). Cette nette progression permet au mouvement fondé par Jean-Luc Mélenchon de peser davantage dans le rapport de force à gauche.
Si le maire sortant Philippe Gaudin et son ancienne adjointe Kristell Niasme n’ont pas su trouver un accord pour éviter une triangulaire, les autres formations politiques, allant de la droite extrême à l’extrême droite, se sont réunies autour de la candidate LR pour former un bloc réactionnaire bourgeois.
L’augmentation de 10 points des résultats de la gauche entre 2020 et 2025 ne suffit pas à remporter ces élections, mais elle réaffirme la place de LFI au sein de la gauche. C’était peut-être là l’objectif recherché par les responsables du mouvement qui, le soir même, ont félicité leur camarade en soulignant la progression et des résultats inédits face à ce bloc uni. Il est évident qu’au sein du NFP, le PS et LFI s’invectivent mutuellement tout en maintenant une apparence d’unité. Ces tensions révèlent une lutte interne où chaque camp cherche à s’imposer comme leader de la gauche. Si, par moments, le PS décrit LFI comme un mouvement isolé et clivant dans ses prises de position, les élections de Villeneuve-Saint-Georges démontrent que la gauche ne peut plus se penser sans les insoumis. Le programme de rupture porté par Jean-Luc Mélenchon trouve un écho auprès d’un électorat qui refuse tout renoncement face à l’extrême droite et attire les quartiers populaires, qui se sont largement éloignés des débats politiques et dont les choix seront décisifs lors des prochains scrutins.